Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Christopher Bunch - Une autre tragédie imputée au vaccin anti-VPH

Note : Ceci n'est pas Initiative Citoyenne a publié initialement cet article le 14 avril 2019. Il a été mis à jour le 24 septembre 2020 (suite à la mise à jour de Skeptical Raptor du 4 août 2020).

Le 14 août 2018, Christopher Bunch, âgé de 14 ans, est décédé des suites d'une encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM), laissant sa famille aimante et dévouée, bouleversée. La famille a imputé sa mort au vaccin contre le VPH que Christopher avait reçu, et ils ont rapidement été entourés et courtisés par des activistes anti-vaccins.

Mes pensées vont à la famille de Christopher. J'ai suivi cette histoire lorsqu'il était à l'hôpital, espérant et priant avec elle pour avoir de bonnes nouvelles, et j'ai senti leur cœur se briser. J'ai également été profondément impressionné par leur réaction, de créer un souvenir positif de Christopher, le rendant visible et célèbre.

J'ai préféré ne pas écrire à ce moment là, c'est pourquoi ce post vient si longtemps après les faits. Mais la mort de Christopher est depuis lors, utilisée pour essayer d'effrayer les gens à propos du vaccin contre le VPH ou des vaccins en général, en agitant le risque de cancer ou de décès. Avec peu de fondement : le timing et les preuves épidémiologiques ne permettent pas d'établir un lien entre la mort de Christopher et les vaccins contre le VPH. Christopher Bunch mérite mieux que cela.

Ce qui est arrivé à Christopher Bunch

De l'avis de tous, à l'été 2018, Christopher était un garçon de quatorze ans actif et dynamique. Il jouait au football, avait un vlog sur Youtube et une vie bien remplie, comme de nombreux enfants américains de son âge.

Puis, en août 2018, il rentre à la maison avec un mal de tête. 48 heures plus tard, alors que ses symptômes s'aggravaient, il est transporté à l'hôpital. Là, "il a perdu la capacité à respirer par lui-même et il est devenu paralysé du côté gauche de son corps. Selon la collecte de fonds de sa famille, il a été opéré le 11 août pour soulager l'œdème du cerveau, mais il restait dans un état critique."

A partir du 9 août 2018 environ, l'histoire de Christopher a été partagée sur Facebook, y compris au sein de groupes anti-vaccins. Des groupes anti-vaccins l'ont partagée parce que la mère de Christopher, Mme Destiny Maynard a mentionné les vaccins. C'est à ce moment-là que j'ai vu la tragédie, et que je m'y suis intéressé, en espérant avec la famille, une issue positive. C'était une situation extrêmement douloureuse.

Mme Maynard disait dans son message :

"Chris a une maladie auto-immune qui n'est pas rare, mais pas assez commune que pour faire sens. On la retrouve chez les enfants qui ont été vaccinés au cours des semaines qui ont précédé ou qui ont eu un virus au cours des dernières semaines. Chris a eu les deux."

Ce commentaire a depuis lors été modifié. Maintenant, il est écrit :

"Chris a une maladie auto-immune qui n'est pas rare, mais pas assez commune que pour faire sens. On la retrouve chez les enfants qui ont été vaccinés au cours des semaines qui ont précédé ou qui ont eu un virus au cours des dernières semaines. Chris a reçu son vaccin contre le VPH il y a quelques semaines à peine."

Mais des amis ont conservé la capture d'écran originale, qui fait écho à ce qu'en ont dit les journalistes :

"Sur Facebook, Maynard a déclaré que Bunch avait souffert à la fois d'une infection et qu'il avait été récemment vacciné. D'après une publication de la mère de Christopher sur Facebook, l'adolescent, qui devait entamer sa première année à l'école secondaire à l'automne, aurait récemment souffert d'une infection et il aurait ensuite reçu un vaccin."

Malheureusement, il n'y a pas eu de soulagement, pas de bons résultats. Le 14 août 2018, Christopher Bunch est décédé.

Sa famille, qui souffre beaucoup, s'est mise immédiatement en tête de créer un souvenir positif de lui, avec une présence sur internet et avec des objets commémoratifs - ils ont reçu un grand élan d'amour de la part de leurs amis.

Naturellement en souffrance, la famille a été courtisée par le mouvement anti-vaccin. A un moment donné, ils sont devenus convaincus que le vaccin anti-VPH était responsable du décès. La famille a mentionné une lettre de leur neurologue, mais aucune copie de cette lettre n'est disponible en ligne, et on ne peut que deviner ce qu'elle dit - et cela dépendra de ce que la famille a dit au neurologue.

Vaccins contre le VPH et ADEM

Il n’existe aucune preuve établissant un lien entre les vaccins contre le VPH et l’ADEM, une maladie auto-immune. D'après Vaxopedia,

"L'encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM) se caractérise par une maladie inflammatoire du cerveau et de la moelle épinière, brève mais généralisée, qui endommage la myéline - l'enveloppe protectrice des fibres nerveuses. L'ADEM suit souvent des infections virales ou bactériennes, ou moins souvent, une vaccination contre la rougeole, les oreillons ou la rubéole."

L'ADEM est une maladie grave potentiellement mortelle, même si elle est traitée. Elle est généralement précédée d'une infection virale ou bactérienne. Rarement, cela peut arriver après un vaccin. L'incidence de l'ADEM est si rare qu'il est difficile d'établir de manière concluante un lien entre un vaccin et l'ADEM. Ceci est encore compliqué par le fait que 30% des cas d'ADEM n'ont pas de cause connue.

Donc, il s'agit d'un événement très grave, potentiellement mortel, qui peut, dans de rares cas, se produire après la vaccination, bien qu'il soit bien plus probable après des infections, y compris des infections que les vaccins préviennent (en d'autres termes, vous êtes moins susceptibles de contracter l'ADEM si vous vous faites vacciner).

Mais "après" ne signifie pas toujours "parce que". La question est de savoir si les vaccins causent d'ADEM. Une étude récente a examiné cela dans une base de données sur 64 millions de doses de vaccin. Elle a mis en évidence une légère augmentation (surplus de risque de 1,16 cas d'ADEM par million de doses de vaccin) du risque d'ADEM dans les 5 à 28 jours suivant la vaccination DTP. Mais pas pour d'autres vaccins tels que pour le vaccin contre le VPH.

D'autres grandes études portant sur les vaccins contre le VPH et les maladies démyélinisantes n'ont trouvé aucun lien de ce type (ici, ici et ici).

Inévitablement, lorsque vous vaccinez un grand nombre de personnes, on peut s'attendre à ce que des problèmes surgissent après les vaccinations. Des centaines de millions de doses de vaccins contre le VPH ont été administrées dans le monde entier. Certains cas individuels d'ADEM ont été rapportés après les vaccins contre le VPH (dans ces deux études, après la seconde dose).

Ces cas peuvent poser la question de savoir s'il existe un lien; mais des observations isolées comme celle-ci - ou le cas de Christopher - ne peuvent permettre d'établir un lien, car ce genre de cas peut se produire par coïncidence. Les grands études citées ci-dessus examinent si ces rapports isolés sont une coïncidence ou si elles montrent un lien de causalité, et suggèrent que ces rapports sont une coïncidence. Pas étonnant : de nombreuses preuves - et une plausibilité biologique - vont à l'encontre d'un lien entre les vaccins anti-VPH et les maladies auto-immunes.

Dans le cas de Christopher, il existe d'autres raisons de douter d'un lien. Premièrement, le timing pose problème. L'ADEM de Christopher s'est manifesté, selon son père, 40 jours après le vaccin. C'est long. Dans la grande étude sur l'ADEM et les vaccins, l'intervalle choisi par les chercheurs était de 5 à 28 jours, car c'est dans cette période que l'ADEM se manifeste habituellement. Ils ont ajouté 5 à 42 jours juste au cas où, pour coller à d'autres modèles, mais d'après leur revue, il s'agit d'un timing inhabituel pour l'ADEM.

Deuxièmement, les rares cas d'ADEM après vaccination contre le VPH l'ont été après la seconde dose. Christopher Bunch n'a reçu qu'une seule dose. Cela ne signifie peut-être rien, mais cela suggère que son cas ne correspond pas au schéma des quelques autres cas d'ADEM après les vaccins anti-VPH.

Enfin, sa mère a initialement mentionné qu'il avait également contracté une maladie virale au cours des semaines précédant l'apparition des symptômes de l'ADEM. Les infections sont beaucoup plus souvent associées aux ADEM qu'aux vaccins, et il existe des preuves raisonnables d'un lien entre les infections et les ADEM, preuves qui n'existent tout simplement pas concernant un lien avec les vaccins contre le VPH.

Vaccins contre le VPH, risques et bénéfices

Aux Etats-Unis, les infections à VPH sont liées à des dizaines de milliers de cancers et à des milliers de décès chaque année chez les hommes et les femmes. Les vaccins actuels peuvent prévenir des infections causées par des souches qui causent 90% des cancers. Ce sont des dizaines de milliers de cancers et des milliers de décès évités chaque année.

Alors que le cancer du col de l'utérus représente actuellement la majorité des cas de cancer liés au VPH, le VPH peut également causer des cancers du pénis, de l'anus, de la gorge et de la bouche - qui affectent les hommes. Il est recommandé de vacciner les garçons, à la fois pour leur propre protection contre le cancer, mais aussi pour protéger leurs partenaires potentiels.

S'il est encore trop tôt pour voir les vaccins contre le VPH pleinement agir sur le cancer, un grand nombre (croissant) de (vastes) études montrent qu'il est très efficace pour faire exactement ce qu'il est censé faire - prévenir l'infection qui conduit au cancer, le lésions précancéreuses et oui, le cancer.

En d'autres termes, c'est un vaccin qui sauve des vies. Des études portant sur des millions de personnes et la surveillance de données portant sur des centaines de millions de personnes dans le monde entier montrent également que le vaccin est extrêmement sûr.

Comme le dit, l'Organisation mondiale de la santé :

"Depuis l’homologation du vaccin contre le VPH en 2006, plus de 270 millions de doses de ce vaccin ont été distribuées. Le GACVS a, une première fois, examiné les données d’innocuité en 2007, puis en 2008, 2009, 2013, 2014, et 2015. A un stade précoce, on a présenté au Comité des signaux concernant l’anaphylaxie et la syncope. Le risque d’anaphylaxie a été caractérisé comme étant approximativement de 1,7 cas par million de dose et la syncope a été reconnue comme une réaction courante à l’injection, associée au stress ou à l’anxiété. Aucune autre réaction indésirable n’a été identifiée et le GACVS a considéré le vaccin anti-VPH comme extrêmement sûr."

Nous avons donc un vaccin extrêmement sûr qui prévient le cancer.

Résumé

Je compatis à la douleur de Christopher Bunch et de sa famille. Ils ont subi une tragédie qu'aucune famille ne devrait vivre.

Mais je pense aussi aux victimes des infections à VPH, et plus encore à celles qui sont en danger à cause de l'histoire de Christopher. Utiliser une tragédie pour provoquer plus de tragédies ne fait qu'aggraver les choses.

Christopher était un merveilleux garçon, injustement parti trop tôt. Il ne mérite pas d'être "le garçon qui a causé le cancer d'une mère", "le garçon qui a causé le cancer d'un père", "le garçon qui m'a fait perdre mon pénis" ou "le garçon qui m'a rendu stérile."

J'espère que sa famille trouvera un meilleur soutien que le mouvement anti-vaccin. Et j'espère qu'ils trouveront la paix.

Références

Publié par Skeptical Raptor, le 14 mars 2019

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