Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Réponse du Programme de Vaccination du HHS aux plaintes de Del Bigtree sur l'innocuité des vaccins

Le 18 janvier 2018, le Dr. Melinda Wharton, directrice ad interim du National Vaccine Program Office du département des Health and Human Services (HHS) a envoyé à M. Del Bigtree, un activiste anti-vaccin, et producteur du film anti-vaccin Vaxxed, une réponse aux questions qu'il a soulevé à propos de la sécurité des vaccins. La réponse est une description très informative des efforts considérables en matière de sécurité de la vaccination. Elle peut et devrait rassurer les parents sur le fait qu'il existe de nombreuses données - et de nombreux mécanismes de surveillance mis en place - qui examinent et traitent la sécurité vaccinale et que le consensus scientifique qui démontre que les vaccins sont sûrs est fondé.

Cet article décrit brièvement le contexte de la lettre du Dr. Wharton, puis présente quelques points importants. J'encourage toutefois les gens à lire la lettre complète, disponible ici (pdf), par eux-mêmes, afin de comprendre les nombreux enjeux au sujet de l'innocuité des vaccins.

La lettre de Del Bigtree

Le 12 octobre 2017, M. Del Bigtree, militant anti-vaccin, ne possédant aucune formation scientifique, a envoyé une lettre avec l'en-tête d'une organisation se faisant appeler ICAN, au département des Health and Human Services (HHS) [pdf]. La lettre pose des questions sur la sécurité des vaccins, en soulevant un certain nombre de points de discussion que reconnaîtront ceux qui discutent régulièrement avec des activistes anti-vaccins. La lettre s'appuie sur l'article 42 du code des Etats-Unis, paragraphe 300aa-31(b), la disposition de la loi de 1986 relative à l'indemnisation des dommages liés aux vaccins chez les enfants (National Childhood Vaccine Injury). Dans la partie pertinente, il est dit :

"... Toute personne peut engager devant un tribunal de district des Etats-Unis une action au civil contre son secrétaire, en son propre nom, si le secrétaire omet d'accomplir un acte ou une fonction en vertu de la présente partie.

b) Avis : Aucune action ne peut être intentée en vertu de l'alinéa a) avant la date qui tombe 60 jours après que la personne qui l'a initiée ait donné une notification écrite d'intenter une action au secrétaire."

En gros, M. Bigtree a posé ses questions en menaçant d'un litige, en prélude à d'éventuelles poursuites. A ma connaissance, une telle poursuite n'a pas encore été déposée. La réponse complète et détaillée du Département rend minces les chances qu'il y ait poursuite. 

La réponse du HHS à Del Bigtree

Le 18 janvier 2018, comme mentionné, le département des Health Human Services a répondu. La raison pour laquelle nous en avons connaissance est qu'un avocat s'appelant T. Matthew Philips - un avocat plaidant pour des poursuites moins fortes contre la SB277, la loi californienne qui supprime les dispenses pour croyance personnelle à l'obligation vaccinale scolaire - a partagé la lettre (ce qui n'est pas le cas de M. Bigtree).

Mme Melinda Wharton, encore une fois, a rédigé la réponse à M. Bigtree. Ses réponses sont détaillées et pertinentes. Encore une fois, je vais juste aborder les points importants et les réorganiser. Notez que je résume essentiellement ces points : cela reflète sa lettre.

1. Il existe des systèmes pour surveiller la sécurité des vaccins et de nombreuses études

Parmi les points relevés par le Dr Wharton, citons :

  • Un rapport de 2014 a examiné tous les risques liés aux vaccins selon le calendrier recommandé et en a conclu que le risque rare d’événements indésirables graves doit être mis en balance avec les avantages des vaccins. Ce rapport contient les informations les plus actuelles, et met à jour les rapports précédents de l'Institute of Medicine (devenu le National Academy of Medicine) et propose un examen approfondi des risques liés aux vaccins (pdf). 
  • Le CDC continue d'étudier la sécurité des vaccins et une liste de leurs publications est disponible ici.
  • Le département des Health and Human Services mène une série de projets portant sur la vaccinologie de précision - adaptée à l'individu - et sur l'étude des réactions indésirables aux vaccins. Le Dr. Wharton a ajouté deux exemples, dont l'un est le Human Immunology Project Consortium. Elle a mentionné qu'il y en a d'autres - on peut penser au projet du Clinical Immunization Safety Assessment (CISA) qui porte notamment sur les effets indésirables des vaccins.
  • Les vaccins contre hépatite B ont été approuvés non seulement sur base de données résumées dans les notices, mais aussi sur des données pédiatriques provenant du monde entier. Des études ultérieures ont confirmé l'innocuité de ces vaccins chez les nourrissons.

2. Les vaccins ne causent pas l'autisme :

Le Dr Wharton a rappelé à M. Bigtree que les nombreuses études ont examiné la question de savoir si les vaccins causent les troubles du spectre autistique (TSA) et n'ont trouvé aucun lien. En d'autres termes : "Bien qu'il reste encore beaucoup à apprendre sur les TSA, des recherches menées par des organisations publiques et privés indiquent que des facteurs environnementaux et génétiques peuvent augmenter le risque d'autisme, pas les vaccins, ni les ingrédients des vaccins." 

Par conséquent, le HHS n'accepte pas sa demande de retirer l'affirmation selon laquelle les vaccins ne causent pas l'autisme sur le site web du CDC. Après tout, c'est ce que montrent les preuves.

3. Suggestions de recherche de Del Bigtree

Bon nombre de suggestions de recherche formulées par Del Bigtree dans sa lettre au HHS ont déjà été effectuées, ne sont pas nécessaires ou sont contraires à l'éthique. Le Dr Wharton a répondu à ses suggestions.

  • De nombreux vaccins font l'objet d'essais cliniques incluant un placebo. Un contrôle placebo inerte tel que le sérum physiologique n'est pas nécessaire, car il est possible de comprendre le profil d'innocuité d'un vaccin sans cela, à condition que le contrôle soit bien connu. Notez que, avec ou sans contrôle placebo, la FDA examine les événements indésirables graves pour déterminer s'il existe une association avec le vaccin. 
  • Par conséquent, l'affirmation selon laquelle l'homologation de vaccins n'est pas fondée, car elle ne repose pas sur des essais cliniques à long-terme avec des contrôles recevant un placebo inerte, repose sur une compréhension erronée des contrôles appropriés.
  • En 2013, l'Institute of Medicine - aujourd'hui la National Academy of Medicine - a procédé à un examen complet du calendrier de vaccination. Il n'a trouvé aucune préoccupation de santé.
  • La revue a également souligné les préoccupations éthiques liées à la réalisation d'une étude prospective comparant les enfants vaccinés et non vaccinés, car cela signifierait qu'il faut laisser intentionnellement des enfants non vaccinés, exposés au risque de maladie et de décès, ce qui est contraire à l'éthique. Par conséquent, la demande de M. Bigtree concernant une étude prospective de ce type repose sur une incompréhension (ou pire, de la négligence) des problèmes éthiques qui se posent.
  • Bien que cela ne soit pas mentionné dans la lettre, une étude rétrospective possède ses propres problèmes. En gros, elle est difficile à mettre en place car les personnes non vaccinées constituent une infime minorité qui n'est pas aléatoire - constituer un groupe suffisamment grand pour permettre une comparaison significative sera difficile, coûteux et il sera toujours difficile de contrôler les différences (par exemple, les parents non vaccinés ont peuvent avoir des profils d'utilisation de soins de santé différents, ce qui affecte la complétude et la validité des dossiers médicaux). Notons qu'une de ces études - l'étude KIGGS - s'est terminée avec seulement 94 enfants non vaccinés sur un échantillon aléatoire de plus de 17.000 (et la seule différence statistiquement significative constatée était que les enfants non vaccinés présentaient des taux plus élevés de maladies évitables).
  • Le Dr Wharton mentionne que le CDC laisse ouverte la possibilité de mener d'autres études si des signaux de sécurité apparaissent, il a préparé un plan en vue de réaliser de telles études et en a déjà réalisé certaines  - là encore, la sécurité est prise très au sérieux.
  • Le HHS mène des recherches pour déterminer si les vaccins ont des effets indésirables à long-terme et finance des études externes - par exemple, il a participé à une étude rétrospective menée dans sept pays portant sur l'incidence de la narcolepsie de 2003 à 2013, après s'être inquiété d'un risque accru de narcolepsie associé aux vaccins contre le grippe H1N1 de 2009.

4. Les modifications réglementaires de Del Bigtree sont infondées, irréalisables ou déjà existantes

Pour être honnête, l'un de ces deux demandes était simplement une demande d'informations - par exemple, Del Bigtree a demandé des précisions sur la manière dont le HHS garantit aux prestataires de soins de santé d'enregistrer les fabricants et les lots pour chaque vaccin administré, et le Dr Wharton l'a expliqué. D'autres questions étaient plus proactives. Les HHS travaillent déjà à améliorer le système de notification des événements indésirables liés aux vaccins (VAERS).

  • Les HHS ont déjà mis en place un processus permettant d'identifier les conflits d'intérêts chez les membres des comités consultatifs et de les éviter, même s'il existe un processus de dérogation si certains critères sont remplis.
  • Il n'existe actuellement aucune règle autorisant les HHS à restreindre l'emploi futur d'employés fédéraux. Il existe des limites sur la présence ou la communication avec le gouvernement sur des questions qu'ils ont traitées au cours de leur carrière. Il existe des limites à la participation dans des domaines dans lesquels un employé fédéral ou un membre consultatif, ou les membres de leur famille proches, ont un intérêt financier.
  • La composition des comités fédéraux est établie au travers de diverses sources juridiques et reflète un besoin d'expertise et de perspective globale. Ma lecture de sa réponse détaillée est qu'une réponse a déjà été fournie à deux reprises à la demande de M. Bigtree d'avoir des "défenseurs de la sécurité des vaccins" pour le compte de ces comités. Premièrement, le processus existant assure déjà que plus de la moitié des comités sont qualifiés et déterminés à améliorer la sécurité des vaccins. Deuxièmement, si le terme fait référence aux membres de l'organisation anti-vaccin, il est peu probable que cela se produise. Rappel : de nombreuses personnes se soucient de la sécurité des vaccins. Les parents qui vaccinent s'en soucient certainement également, tout comme les médecins. Les personnes qui exagèrent les risques liés aux vaccins et les décrivent comme des "sacrifices d'enfants", comme l'a fait M. Bigtree par le passé, ne sont pas des défenseurs de la sécurité des vaccins. Ils sont anti-vaccins.
  • La demande que les HHS consacre 50% de leurs budgets à la sécurité des vaccins a également été rejetée, compte-tenu du système de surveillance solide déjà en place.
  • La demande que les HHS soutiennent la création d'un département indépendant consacré à la sécurité des vaccins est rejetée car il existe déjà une répartition du travail et une variété d'acteurs surveillent la sécurité des vaccins. Les HHS aident à coordonner la collaboration entre les nombreuses organisations internes et externes qui surveillent la sécurité.
  • Les HHS ne voient pas de raison de supprimer le National Vaccine Compensation Program, car il permet de "garantir un approvisionnement suffisant en vaccins, de stabiliser le coût des vaccins et de mettre en place et de maintenir une plateforme accessible pour les personnes endommagées par certains vaccins". Il est également peu probable que le Congrès adopte une telle loi - il vient juste d'étendre le programme du 21st Century Cures Act.

En bref, des réponses ont été fournies aux préoccupations de M. Bigtree, alors que le dispositif et les données relatives à la sécurité vaccinale ont été expliquées. 

Mise à jour du 28 avril 2019

La journaliste Jackie Kucinich a découvert dans un article d'investigation ce qu'il est advenu des informations que les HHS n'ont pas fournies.

"Lors d'une audience du Senate Committe on Health, Education, Labor and Pensions, en mars 2019, le président Lamar Alexander a déclaré que les rapports sont nécessaires dans les deux ans suivant la mise en oeuvre de la loi, et non tous les deux ans. Et il a ajouté, "le Comité HELP a soumis au Congrès deux rapports du Département datés du 4 mai 1988 et du 21 juillet 1989."

Ces deux rapports ont été rendus public à la demande du sénateur Alexander sont joints ici et ici

Publié par Skeptical Raptor, le 28 avril 2019

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article