Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Pendant que la recherche anti-vaccin zombie ressuscite, la vraie science rigole

Nous y voici une fois de plus. La 'fake' recherche antivaccin, qui n'a aucune valeur scientifique, mais qui est chère à la pseudoscience soutenue par les négationnistes de la vaccination, apparaît une fois de plus parmi les poubelles de la science, telle un zombie sans cervelle d'un célèbre programme TV.

Etant donné que la religion anti-vaccinale dispose de peu ou de pas de preuves pour appuyer leurs mythes et croyances, ils sont obligés de compter sur des études antivaccinales mortes et enterrées pour inventer de la fausse science vaccinale. Et voici une "étude" confuse que nous pensions morte et enterrée il y a cinq ans (oui, cinq ans) qui tente de dévorer le cerveau de ceux qui lisent la pseudoscience antivaccinale. 

Nous allons attraper une épée scientifique et couper la tête de cette étude antivaccin zombie.

Table des matières

Quelle est cette nouvelle/ancienne recherche anti-vaccin ?

L'article anti-vaccin zombie dont nous allons discuter dans ce billet a été publié dans le Journal of American Physicians and Surgeon (Journal des médecins et chirurgiens américains) par Brian S. Hooker. Il y a beaucoup de choses à dire à propos de ce tas d'inepties, donc soyez patients avec moi. Et si tout cela vous semble familier, et bien, c'est parce que ça l'est.

La version originale de cet article était un aspect central de la "controverse" risible du lanceur d'alerte du CDC, portée par un des plus grands fraudeurs scientifiques, Andrew Wakefield, immortalisé dans le fraudumentaire, Vaxxed.

Hooker prétendait qu'en raison de leur incompétence (sans preuves à l'appui), les scientifiques du CDC ne voyaient pas que les enfants noirs étaient plus exposés au risque d'autisme à cause du vaccin ROR (contre la rougeole, les oreillons et la rubéole) que les autres enfants.

Au cas où vous ne vous en souvenez pas, le 3 octobre 2014, la revue Translational Neurodegeneration a officiellement rétracté l'article de Brian Hooker, avec cette déclaration  à l'appui : 

"L'éditeur retire l'article parce que des intérêts concurrents non déclarés de la part de l'auteur compromettent le processus d'évaluation par les pairs. En outre, l'examen par les pairs postérieur à la publication a suscité des doutes quand à la validité des méthodes et de l'analyse statistique. L'éditeur n'a donc plus confiance dans la validité des résultats. Nous nous excusons auprès de toutes les parties concernées pour la gêne occasionnée."

Si vous comptez les points, la version originale de cet article a été rétractée d'un journal prédateur. Penchons-nous y, je déballe mon nouveau compteur à ironie. Ensuite, il a été republié, quasi sous la même forme, dans une autre revue.

Comme je le fais avec toutes les "recherches" anti-vaccinales, il est temps de critiquer ce tas de fumier pseudoscientifique à la fois au niveau méta-scientifique et au niveau scientifique. Ce ne sera pas facile.

Vue panoramique sur cet article

Commençons par Brian Hooker. Il est ingénieur et n'a aucune expérience dans les principaux domaines d'étude des vaccins : l'immunologie, la virologie, la microbiologie, l'épidémiologie, la santé publique ou tout ce qui peut être utile à cette conversation. Les antivax semblent adorer faire appel à des "scientifiques" qui n'ont aucune connaissance des vaccins.

Il est professeur assistant de biologie à l'Université de Simpson, une université chrétienne peu réputée de Californie, qui enseigne le créationnisme dans le département biologie. Le fait qu'Hooker soit membre de la faculté d'une université qui nie la science est une sérieuse remise en question de la crédibilité intellectuelle et scientifique de cette université.

Les antécédents de Hooker n'indique en rien qu'il sache quoi que ce soit à propos des vaccins, si ce n'est qu'il collabore avec l'organisation anti-vaccin Focus For Health. Liz Ditz a fait un excellent travail en passant en revue les antécédents de Hooker.

Brian Hooker manque de crédibilité comme scientifique spécialisé dans les vaccins. Pourtant, il a publié une étude qui a été rétractée dans un journal de faible réputation et l'a republiée dans le Journal of American Physicians and Surgeons (JPANDS). Pour ceux d'entre vous qui ne suivent pas ces événements, le JPANDS est un journal de l'Association of American Physicians and Surgeons (AAPS)

Ça semble valable non ?

L'AAPS est une organisation d'extrême droite anti-vaccinale et est un soutien des Républicains aux Etats-Unis. Ils s'opposent aux médecins qui acceptent des paiements de Medicaid ou de Medicare, deux des meilleurs systèmes de soins de santé pour les pauvres, les handicapés et les personnes âgées aux Etats-Unis. Ce sont des cinglés et le JPANDS fonctionne comme un organe de propagande de leur pseudoscience ridicule et de leurs absurdités de droite.

En plus, la revue est tellement ridicule qu'elle n'est même pas répertoriée dans PubMed, qui répertorie pourtant certains horribles journaux prédateurs. Il a publié des "articles" qui nient que le changement climatique est causé par l'homme et qui remettent en question le lien entre le VIH et le sida. Il est évident qu'il est le porte-voix de des négationnistes scientifiques de la droite. Je parie qu'en cherchant, je pourrais trouver un article niant l'évolution.

Donc, que pouvons-nous en conclure avant même d'aborder les anciennes/nouvelles données ? Brian Hooker n'est pas un scientifique des vaccins, il n'est même pas vraiment scientifique dans quelque domaine que ce soit. Et deuxièmement, Hooker était tellement prêt à tout pour publier ses recherches anti-vaccins qu'il s'est rendu dans un journal ouvertement anti-vaccin pour faire publier ses bouffonneries. Ce doit être un acte désespéré d'un homme désespéré.

La manipulation de données dans les recherches anti-vaccins

Hooker tente de réorganiser les données d'une étude réalisée par le Dr William Thompson (dénommé le lanceur d'alerte du CDC) et le prolifique chercheur du CDC, Frank DeStefano. Cette étude a conclu qu'il n'y a pas de différence de taux d'autisme chez les enfants afro-américains de la région d'Atlanta entre ceux qui ont été vaccinés et ceux qui ne l'ont pas été. C'est une parmi les dizaines d'études qui n'ont établi AUCUN lien entre les vaccins et l'autisme.

A ce que je sache, il n'y a pas de réelle différence entre le nouvel article du JAPANDS et l'article original rétracté. Voyons donc l'analyse détaillée de l'article de Hooker par David Gorski, docteur en médecine,

"Hooker a réalisé une étude de cohorte. il a analysé les données recueillies pour étude de cas-contrôle comme si c'était une étude de cohorte. En gros, il a examiné le risque de diagnostic d'autisme dans les groupes les plus exposés au ROR à différents âges. Rappelez-vous, cas-contrôle = comparer la fréquence des facteurs de risque chez les personnes atteintes d'une maladie par rapport à groupe témoin; cohorte = examiner le risque de maladie chez des personnes à différentes expositions. "

Le Dr Gorski résume à nouveau la qualité de la recherche dans un autre article :

"Tout d'abord, laissez-moi vous résumer la situation si vous ne connaissez pas l'histoire. Je fais référence à une théorie du complot, qui a été battue à mort par le mouvement anti-vaccin depuis près de deux semaines maintenant, selon laquelle un lanceur d'alerte du CDC aurait publié des rapports "accablants" selon lesquels le CDC aurait dissimulé des données multipliées par 3,4 le risque d'autisme chez les hommes afro-américains, sur base d'une mauvaise "réanalyse" d'une étude étude du CDC vieille de 10 ans qui n'a trouvé aucune preuve que les enfants autistes étaient plus enclins à recevoir leur premier vaccin ROR plus tôt que les contrôles neurotypiques."

Mais les critiques de l'article de Hooker continuent. Selon le blog Poxes (abonnez-vous c'est génial), les statistiques utilisées par Hooker étaient à la limite du ridicule :

"Viennent ensuite les statistiques. Hooker utilise le test du chi carré de Pearson pour déterminer s'il existe une association significative entre le ROR et l'autisme chez les enfants de différents âges. DeStefano et al. ont utilisé la régression logique conditionnelle. Pour les non-biostatisticiens, la technique utilisée par DeStefano et al. permet de prendre en compte les facteurs de confusion et les modifications d'effet, différentes caractéristiques dans la population pouvant fausser les résultats. La technique de Hooker ne le fait pas vraiment, à moins que l'on ne stratifie les résultats et que l'on utilise des volumes de données très très volumineux. L'approche de Hooker est plus "prudente", c'est-à-dire qu'elle détecte et amplifie les petits effets, et que ces effets peuvent provenir de n'importe quoi.

Alors pourquoi n'avons-nous pas vu cela dans les autres groupes ethniques ou chez les filles ? La réponse ici est simple, encore une fois. Hooker avait un ensemble de données limitées parce qu'elles se limitaient aux bébés garçons afro-américains. Dans ce tableau, par exemple, il nous dit qu'il a dû modifier l'analyse à 31 mois au lieu de 36 car il avait moins de 5 enfants dans ce groupe. C'est la même erreur que Andrew Jeremy Wakefield a voulu faire passer pour de la science valable. Vous ne pouvez pas et vous ne devez pas utiliser de petits nombres pour faire de grandes affirmations ..."

Donc, si on résume, Hooker a pris des données collectées d'une certaine façon (une étude de cas-contrôle) et a choisi de les analyser comme si elles avaient été recueillies dans une autre étude épidémiologique (une étude de cohorte). Hooker a appliqué cette logique d'analyse de bretzel afin qu'elle corresponde à ses propres conclusions préétablies - à savoir que les vaccins provoquent l'autisme (et que le CDC a criminellement caché ces données). En plus, Hooker avait pour objectif d'augmenter le nombre d'enfants inclus, car il était très petit - c'est une manipulation de données tout à fait inappropriée. 

En outre, même si Hooker avait montré un certain niveau de corrélation (ce qu'il n'a pas fait), il n'a pas établi de mécanisme biologiquement plausible pour expliquer en quoi les enfants noirs seraient plus exposés au risque d'autisme que les enfants blancs. En fait, DeStefano a montré dans de récentes recherches qu'il n'existe pas de lien entre les vaccins et l'autisme, indépendamment de l'origine ethnique. Bien sûr, Hooker ignore cela, car cela ne correspond pas à ses conclusions préconçues, une caractéristique de la pseudoscience.

En résumé

Et voilà. La recherche anti-vaccin zombie, complètement discréditée une fois de plus, revient à la vie cinq ans plus tard et est publiée dans un "journal médical" niant la science. Et nous savons que les forces antivaccinales vont sauter sur l'occasion pour affirmer que "la science prouve que les vaccins causent l'autisme".

Non, la science a fermement établi que les vaccins ne sont pas liés à l'autisme. C'est une science solide, excepté pour les vrais croyants religieux qui militent contre les vaccins.

J'aime beaucoup écrire sur les zombies, donc ça ne me dérange pas de débunker un nouvel article de la pseudoscience de pacotille des anti-vaccins. Ils ont fait ma journée.

Références

DeStefano F, Bhasin TK, Thompson WW, Yeargin-Allsopp M, Boyle C. Age at first measles-mumps-rubella vaccination in children with autism and school-matched control subjects: a population-based study in metropolitan Atlanta. Pediatrics. 2004 Feb;113(2):259-66. PubMed PMID: 14754936.

DeStefano F. Vaccines and autism: evidence does not support a causal association. Clin Pharmacol Ther. 2007 Dec;82(6):756-9. Epub 2007 Oct 10. Review. PubMed PMID: 17928818.

Hooker BS. Measles-mumps-rubella vaccination timing and autism among young african american boys: a reanalysis of CDC data. Transl Neurodegener. 2014 Aug 8;3:16. doi: 10.1186/2047-9158-3-16. eCollection 2014. PubMed PMID: 25114790; PubMed Central PMCID: PMC4128611.

 

Publié par Skeptical Raptor, le 10 décembre 2018

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article