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Les dommages de la désinformation antivaccinale

Lorsqu'on réfléchit à la manière d'équilibrer liberté d'expression et tentatives de gestion des effets de la désinformation, il est raisonnable de tenir compte du fait que certains types de désinformation causent des dommages directement démontrables. Les maladies évitables par la vaccination, telles que la rougeole, ont récemment augmenté, en partie à cause de campagnes actives de désinformation sur les vaccins (la pauvreté et le manque d'accès restent toujours un énorme défi).

Une étude récente menée au Danemark quantifie le dommage potentiel à l'égard de la vaccination contre le VPH. Le vaccin contre le VPH fournit une protection contre de multiples souches du papillomavirus humain, qui est responsable de nombreux cas de cancer du col de l'utérus. Comme je l'ai fait remarquer lorsque j'ai discuté du vaccin contre le VPH précédemment, le Dr Heidi Larson souligne que :

"Chaque année, 528.000 nouveaux cas de cancer du col de l'utérus et 266.000 décès sont liés au papillomavirus humain (VPH). Nous avons un vaccin contre le VPH très efficace, mais la suspicion fait obstacle à son adoption dans de nombreux pays."

Le vaccin est sûr et efficace (en fait, il existe plusieurs vaccins avec une couverture différente de diverses souches - le dernier est 9-valent, couvrant neuf souches). Il prévient le cancer et sauve des vies. Si on examine la balance bénéfices-risques, le bénéfice évident pour le vaccin avec un risque minimal. Mais bien sûr, ces faits ne gênent pas la propagande antivaccinale.

Le principal obstacle à l'administration du vaccin contre le VPH dans le monde sont les peurs sans fondement. Par exemple, il y a souvent des rumeurs sur les décès associés au vaccin. Cependant, comme l'a expliqué David Gorski, aucune de ces rumeurs n'est crédible et les preuves ne les corroborent pas. Mais les gens sont plus faciles à effrayer avec des histoires qu'à rassurer avec de simples faits. La récente étude danoise montre les effets :

"Au cours de la période où la couverture médiatique a été négative, l'administration du vaccin contre le VPH est tombée à 83,6% (IC à 95%: 78,0% - 89,7%) de l'administration initiale. Au cours de la période de couverture médiatique négative étendue, l'administration a encore baissé pour atteindre 49,6% (IC à 95%: 44,5% - 55,2%) de l'administration de référence. Après la campagne d'information, l'administration du vaccin contre le VPH a retrouvé son niveau de référence (109,2%, IC à 95%: 90,1% - 132,4%) en partie grâce aux doses de rattrapage. Malgré le rattrapage, on estime que 26.000 filles n'ont pas commencé la vaccination à cause de la diminution de la prise vaccinale."

La campagne contre la désinformation a coûté environ 1 million de dollars au contribuable danois. Cela représente des ressources non utilisées pour d'autres initiatives de santé publique. Il y a également une morbidité et une mortalité importantes associées à la désinformation. Les mesures de santé publique ont des effets statistiques, et cela inclut les campagnes de désinformation.

L'expérience au Japon a été encore plus brutale. L'administration du vaccin contre le VPH est passée de 70% à un seul chiffre (les rapports varient de 1 à 7%) après qu'une panique liée au vaccin ait frappé les médias. Cela a dépassé la désinformation, c'était une véritable panique. L'épisode a été déclenché par une étude préliminaire impliquant des souris et signalant des dommages cérébraux dus au vaccin. L'épisode était une véritable tempête d'incompétence et de méfaits. L'étude elle-même était préliminaire, non reproduite et franchement douteuse. Malgré cela, les médias ont sauté dessus, répandant une peur inutile. En outre, la réponse du gouvernement a été pire qu’insuffisante. Ils ont clairement aggravé la situation en suspendant sa recommandation pour le vaccin.

Un chercheur a résisté à la désinformation, Riko Muranaka. Elle a examiné l'étude et a constaté:

"Lorsque Muranka [sic] a finalement retracé la source de la chute, le chercheur impliqué lui a dit que l'expérience n'avait impliqué qu'une seule souris qui a fait l'objet d'injection de chaque vaccin, et que le cerveau de la souris montré par Ikeda n'était même pas celui à qui avait été injecté le vaccin contre le VPH.

Muranaka a également découvert que les souris vaccinées dans l'expérience avaient été génétiquement modifiées et avaient produit naturellement un auto-anticorps avec l'âge. Du sérum plein d'anticorps a été prélevé sur ces souris, pulvérisé sur des sections de cerveau de souris normales et photographié pour montrer des "lésions cérébrales" prétendument causées par le vaccin contre le VPH."

Mais le dommage sur les relations publiques était fait. De plus, lorsque Muranaka a publié ses conclusions, Ikeda l'a attaqué en justice pour diffamation. Cela a eu pour effet de provoquer un black-out médiatique autour de Muranaka, y compris l'annulation de la sortie de son livre qui était sur le point d'être publié. L'étude Ikeda a également été rapidement suivie d'un recours collectif contre les fabricants de vaccins contre le VPH, et a mis en pause le soutien gouvernemental au vaccin. Cela pourrait prendre une décennie ou plus à surmonter. (Il existe de nombreux parallèles effrayants entre cette histoire et les effets de l'étude frauduleuse d'Andrew Wakefield sur le vaccin ROR au Royaume-Uni.)

Le résultat final de tout cela est que 100.000 femmes ou plus souffrent d'un cancer du col de l'utérus lié au VPH.

La question la plus difficile est - que peut-on y faire ? Il n'y a pas de solution facile. Cependant, à tout le moins, les médias doivent être plus responsables. Ils devraient prendre les devants en ce qui concerne les questions scientifiques, en particulier les questions médicales, avec des experts objectifs et reconnus. Les gouvernements devraient également être plus proactifs dans la lutte contre la désinformation, la lutte contre la panique et la diffusion d'informations fiables. Les lanceurs d'alerte, comme Muranaka, doivent également être mieux protégés par une réforme de la diffamation.

Il y a également beaucoup de débats sur le rôle des géants des réseaux sociaux. Beaucoup soutiennent qu'ils ont une certaine responsabilité sur l'information qui se propage sur leurs plateformes. Ils ne sont absolument pas tenus de promouvoir de la désinformation nuisible, même par l'inadvertance d'algorithmes aveugles. Mais peut-être devraient-ils également jouer un rôle actif dans la réduction de la propagation de la désinformation médicale, clairement nocive.

Une façon de voir les choses est la suivante : une petite minorité a désormais la capacité de détourner la politique de santé publique en menant, dans l'ombre, sa propre campagne sur les réseaux sociaux. Ils ne sont responsables devant personne. Ils peuvent forcer la dépense de dollars limités en santé publique juste pour minimiser l'effet de leurs propres campagnes. Il s'agit également d'une campagne asymétrique, car il est beaucoup plus facile de répandre la peur que la bonne information. À tout le moins, il est raisonnable de filtrer leur désinformation nuisible sur les plates-formes privées. Des groupes d'experts peuvent être utilisés pour assurer le filtre, et des processus objectifs peuvent être mis à disposition pour les recours. À tout le moins, ces options doivent être explorées.

Publié par ScienceBasedMedicine, le 8 janvier 2020

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