Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Coronavirus : essais cliniques et vaccin

Publication de bioweb.blog (Facebook)

Ça vous dit que pour changer, on parle de coronavirus ? Bon, cette fois on va voir ce qui se passe de prometteur sur le sujet, ça changera !


▶️Vous en avez peut-être entendu parler, mais un premier essai clinique de phase I a été mis en place pour le premier candidat-vaccin contre le coronavirus. Celui-ci a été enregistré sur la base de données des essais cliniques clinicaltrials.gov (1).


▶️Et donc là, en toute logique, vous vous dites "Mais comment diable ce truc s'est-il retrouvé aussi vite en essai clinique ?!", ce qui est une très bonne question. Parlons de technologies vaccinales. smiley


👵Historiquement, les vaccins utilisent des versions atténuées ou inactivées (tuées) de microbes. C'est les vaccins contre la rougeole, les oreillons, la rubéole, les vieux vaccins contre la polio ou la diphtérie. En gros, soit on met les microbes dans une condition qui fait qu'ils ne seront plus capables de nous infecter efficacement, les rendant moins dangereux, soit on les tue carrément par un traitement chimique ou physique, comme la chaleur.


👨‍🔬 Comme l'étape d'atténuation/inactivation était un point critique (si cette étape est mal réalisée, le vaccin devient vecteur de maladie), les vaccins ultérieurs utilisent simplement des morceaux de microbes inoffensifs (anatoxine tétanique, toxine diphtérique mutée, oligosaccharides pour les pneumo et méningocoques, protéines du virus de l'hépatite B par exemple). Cette technique ajoute en sûreté du produit, mais non seulement elle coûte cher à produire, mais elle est longue : il faut trouver quelle protéine est importante, la produire dans des bactéries, des levures ou des cellules de mammifères en fonction du repliement et des modifications que la cellule doit faire, réussir à la purifier correctement, la stabiliser pour pas qu'elle se décompose... Bref, c'est bien mais c'est long.


🧬Une nouvelle génération de vaccins est en développement et s'affranchit de certaines limitations dont souffrent les méthodes deux dont on a parlé avant. Comment me demanderez-vous, fébrile et sautillant, ravi d'en apprendre d'avantage sur la magie de la biologie moléculaire et pensant déjà à vous la péter à votre dîner de famille sur Skype, confinement oblige... Vous le saurez juste après une page de publicité ! Ha non. On peut pas gagner du blé comme ça ici. Bon. Ben je vais vous le dire alors : cette nouvelle génération de vaccins utilise directement de l'ADN ou de l'ARN... KESKIDI ? Attendez, on va expliquer.


👨‍🏫Il y a fort longtemps, lorsque vous étiez en classe et que le monde était encore en noir et blanc, vous avez peut-être entendu parler de l'ADN et de l'ARN (2). Mais vu que c'était au millénaire dernier pour certains, ré-expliquons cela. Lorsqu'un être vivant se multiplie, il transfère de l'information à sa descendance pour qu'elle soit capable de vivre, de créer ce dont elle a besoin pour se nourrir, se déplacer, respirer. Et toute cette information, elle est codée sous forme chimique, dans ce qu'on appelle l'Acide DésoxyriboNucléique, ou ADN (cherche pas ça ne rentre pas au Scrabble). L'ADN, c'est le plan global qui permet de dire aux cellules comment faire toutes les protéines qui la constituent, et comment intégrer ça dans un organisme global. Seulement voilà, les usines qui font les protéines (les ribosomes elles s'appellent), elles sont perdues face à ce plan gigantesque dont elles ne savent pas quelle partie lire. C'est pour ça que la cellule, pour donner ses instructions aux ribosomes, va faire des copies carbones de certaines petits morceaux de ce plan d'ADN. Et ces petites photocopies, ces morceaux de plans, ils sont pas fait en ADN, mais en Acide RiboNucléique, ou ARN. L'ARN est donc copié à partir de l'ADN, c'est une copie d'un petit morceau, et les ARN dits messagers, ils vont aux ribosomes qui vont construire des protéines. Parfait.


▶️Donc là, vous êtes contents, vous avez reçu votre cours de bio, vous allez fermer cette page reloue et inintéressante, parce que vous êtes venus quand vous avez vu "vaccin coronavirus" et que le guignol qui écrit, il en parle pas ! Mais il y vient. En fait, le vaccin qui vient d'être créé a été fait si rapidement parce qu'il ne contient pas de protéines du virus, au contraire des autres vaccins utilisés aujourd'hui. Ce vaccin, développé par Moderna-Therapeutics (3), il s'appelle mRNA-1273 pour ARN messager 1273 et il contient un ARN qui, une fois pris en charge par un ribosome sera traduit en une protéine du coronavirus.


▶️Comment ça fonctionne ? En gros, dans la seringue (oui, désolé, il y a toujours une seringue), il y a ce qu'on appelle des liposomes (ce sont des bulles de graisse microscopiques dans l'eau) qui contiennent un ARN messager codant pour la protéine S du coronavirus Covid-19 (3, 4). Une fois injectés, ces liposomes vont pouvoir fusionner avec la membrane de nos cellules, et lâcher l'ARN à l'intérieur de nos cellules. Là, cet ARN va être traduit par nos ribosomes en la protéine S du virus. Pourquoi la protéine S ? Parce que c'est la protéine qui sert au virus à s'attacher à nos cellules pour les attaquer. Si on la détecte sur une cellule, elle est infectée, et si on monte des anticorps efficaces contre la protéine S, le virus ne pourra plus rien nous faire.


▶️OK, OK ! Nos cellules vont faire la protéine S du virus... Et alors ? En quoi ça nous protège ? Mais, cher lecteur, c'est que nous sommes extrêmement bien faits pour dégommer des virus... Quand nos cellules fabriquent des protéines, ils en gardent toujours quelques morceaux et les collent sur une sorte de présentoir à morceaux de protéines. Ce présentoir s'appelle le complexe majeur d'histocompatibilité de type 1 (et tu pensais avoir un nom pourri hein?) ou CMH1 si on ne veut pas se fatiguer. Ce CMH1, c'est l'un des trucs les plus importants qu'on va regarder pour vérifier si vous allez rejeter un tissu greffé, il faut que ce soit le plus proche possible, c'est la carte d'identité de nos cellules si vous voulez. Bref, nos cellules mettent des morceaux de protéines sur le CMH1 et montrent ça à leur surface. Quand le système immunitaire patrouille, il vérifie sur le CMH1 des cellules ce qu'elles fabriquent. S'il n'y a pas de CMH1, on pète la cellule, il y a une embrouille. S'il y a un CMH1 mais que ça montre une protéine qu'on ne connait pas, elle est probablement infectée par un virus, on pète la cellule et on fait une réponse immunitaire contre. S'il y a un CMH1 mais que ça montre une protéine qu'on reconnait un peu, c'est probablement qu'elle mute parce que c'est une cellule de cancer, on pète la cellule et on fait une réponse immunitaire contre. C'est bien souvent diablement efficace !


▶️Et donc, l'idée de ce vaccin à ARN, c'est que nos cellules fabriquent elles-mêmes la protéine du coronavirus et activent le système immunitaire. Certaines de nos cellules vont faire croire qu'elles sont infectées et servir de signaux de danger, pendant que les sentinelles du système immunitaire, les cellules présentatrices d'antigènes comme les cellules dendritiques vont courir partout pour montrer aux autres cellules immunitaires ces morceaux de la protéine S. Malin non ?


⌚️Du coup, le processus est rapide ! Pas besoin de faire de protéines en grande quantité, dans des cellules, de lyser les cellules, pour purifier le truc... Non, là les autorités chinoises ont donné la séquence du virus le 11 janvier, et après 2 jours d'analyses bioinformatiques, Moderna a proposé le 13 janvier la séquence du vaccin. Le 7 février, le premier batch de vaccins était prêt à l'emploi (3). Pas mal non ?


🧐Et ça va marcher ? On n'en sait rien. Moderna et d'autres entreprises ont déjà connu des succès en immunisant des patients avec des vaccins à ADN ou à ARN (5), dans le cadre de maladies infectieuses et du cancer, mais si ce vaccin est efficace et sûr, ce serait une première mondiale d'avoir un vaccin prophylactique à ARN sur le marché. Attendons le résultat des essais cliniques. Pour l'heure, 45 personnes ont été recrutées pour tester 3 doses de vaccins afin de vérifier s'il est sûr et s'il est suffisamment immunogène. 


📗 Sources et références :
1- https://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT04283461…
2- https://fr.wikipedia.org/…/Th%C3%A9orie_fondamentale_de_la_…
3- https://www.modernatx.com/modernas-work-potential-vaccine-a…
4- https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02275786/
5- https://www.frontiersin.org/articles/…/fimmu.2019.00594/full

 

Publié sur la page Facebook de Bioweb.blog le 19 mars 2020

Retrouvez plein d'autres articles intéressants sur le blog de Bioweb

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article