Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Désinformation : vaccin contre la grippe et Covid-19

Le journal Le Monde a publié un article démontant l'affirmation selon laquelle le vaccin contre la grippe augmenterait le risque d'attraper le coronavirus. Cette fausse information circule beaucoup sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. 

Vous ne serez peut-être pas surpris d'apprendre que ce sont principalement l'association antivaccin Initiative Citoyenne et l'AIMSIB, qui sont à la manœuvre derrière la diffusion de ce nouveau mensonge antivaccin. Mais attention, cette fois-ci, les co-fondatrices d'IC ont mis le paquet pour essayer de crédibiliser le message et jouer pleinement sur l'argument d'autorité.

En effet, plusieurs dizaines de "professionnels de la santé" se sont groupés sous la bannière "Initiative Citoyenne" pour créer un site internet intitulé "Transparence Coronavirus", des vidéos, des lettres ouvertes, des plaintes contre des experts, un communiqué de presse, etc. Le but ? Ameuter le maximum de personnes pour dénoncer les mesures prises pour enrayer la propagation du coronavirus.

Une des trois vidéos de "soignants belges" sous la bannière "Initiative Citoyenne"

Sur le site "Transparence Santé", on trouve dans les "sites amis", le blog d'Initiative Citoyenne, mais aussi celui de l'AIMSIB et Covidinfos, ce qui n'augure rien de bon. Parmi les "professionnels de la santé", on trouve notamment Pascal Sacré, médecin anesthésiste intensiviste au Grand Hôpital de Charleroi, et Eric Beeth, médecin généraliste à Bruxelles, tous deux signataires de lettres ouvertes au nom de l'association Initiative Citoyenne. On retrouve toute une série de ces "professionnels de la santé" dans des vidéos publiées sous la bannière "Initiative Citoyenne". Outre ceux déjà mentionnés, notons que sont présentés également les points de vue de dentistes retraités, de médecins homéopathes, d'ostéopathes, de naturopathes, de consultants ayurvédiques, etc. Nous avons également vu passer notamment Christian Tal Schaller et une coach "Regenere", qui a donc été formée par le charlatan antivaccin Thierry Casasnovas.

Ce groupe a également lancé un appel, l'"appel des soignants belges" dans lequel il est "exigé qu’il soit communiqué loyalement aux patients que le vaccin contre la grippe saisonnière majore de 36% le risque d’infection au coronavirus comme démontré dans une récente étude de l’armée américaine". Nous allons y revenir dans quelques instants. 

Initiative Citoyenne a évidemment relayé cette fausse information

Cet appel est également signé par une série de fausses autorités. A titre personnel, il nous a déjà été amené à côtoyer de façon plus ou moins rapprochée selon les cas, pour des raisons diverses, cinq des signataires (oui, le monde est petit). Nous ne sommes pas surpris que de tels personnages puissent signer des inepties pareilles. Ces gens ne sont pas crédibles une seconde quand ils essaient de faire la leçon aux experts du sujet, mais l'effet auprès du grand public est quasi-assuré. Aucun virologue, aucun épidémiologiste, aucun infectiologue ne figure parmi les signataires.

Comme nous l'avons déjà rappelé, l'objet de ce blog est de contrer la désinformation antivaccinale, provenant notamment d'Initiative Citoyenne. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le discours anti-masques, anti-confinement, etc. de ces individus, mais on s'égarerait franchement. Nous vous invitons chaudement à vous informer via des sources crédibles sur ces sujets, car n'oublions pas que des vies humaines sont en jeu.

C'est donc tout naturellement que nous allons nous intéresser au principal argument antivaccin avancé dans cet "appel des soignants belges" (remarquez qu'ils semblent croire qu'ils sont exhaustifs ; en réalité, ils auraient plutôt dû écrire "appel de soignants belges" ; bien que cet intitulé serait faux également puisqu'y figurent au moins deux enseignants dont il n'est pas fait mention qu'ils aient la moindre compétence médicale). 

Rappelons que ce groupe prétend que "le vaccin contre la grippe saisonnière majore de 36% le risque d’infection au coronavirus". Nous avions pour intention de nous pencher sur cet argument surprenant. Mais, le journal Le Monde s'est emparé de la question et a publié un article pour expliquer en quoi c'est FAUX. Voyons cela.

Non, il n’est pas prouvé que le vaccin contre la grippe augmenterait le risque d’attraper le Covid-19

Des articles partagés sur Facebook prétendent qu’une personne vaccinée contre la grippe saisonnière aurait 36 % de chances de plus d’être infectée, en citant une étude américaine. C’est faux.

Non, il n’est pas prouvé que le vaccin contre la grippe augmenterait le risque d’attraper le Covid-19

Par Juliette Mansour Publié le 01 octobre 2020 à 19h15 - Mis à jour le 01 octobre 2020 à 21h14

Alors que l’hiver approche, les professionnels de santé redoutent qu’un afflux de malades de la grippe saisonnière vienne s’ajouter à celui des malades du Covid-19. Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a recommandé de faire « un geste citoyen », en se faisant vacciner. Mais de nombreux messages incitent à refuser le vaccin. Ils s’appuient sur une étude prétendument « réalisée au sein de l’armée américaine », selon laquelle l’injection augmenterait de 36 % les risques d’attraper le Covid-19.

Ce que disent ces publications

Un article publié le 27 septembre sur la plate-forme participative Agoravox affirme qu’un « collectif interprofessionnel de soignants belges » a lancé une action en référé devant le tribunal de Bruxelles pour dénoncer « la recommandation officielle surréaliste d’une vaccination massive contre la grippe saisonnière ». Selon la même source, « une étude récente (2020) réalisée au sein de l’armée américaine fait état d’un risque d’infection au coronavirus majoré de 36 % pour les personnes ayant reçu une vaccination contre la grippe saisonnière ».

Capture d’écran prise sur le site Agoravox le 28 septembre 2020

Une image partagée sur Facebook rapportant des propos de la virologue Judy Anne Mikovits – connue pour son opposition à la vaccination – reprend ce chiffre. La scientifique américaine assure, elle aussi, que « les vaccins contre la grippe augmentent les risques de 36 % d’attraper le Covid-19 ».

Capture d’écran prise sur Facebook le 30 septembre 2020


POURQUOI C’EST FAUX


Une étude antérieure à l’apparition du SARS-CoV-2

Ces affirmations circulent depuis plusieurs mois sur des sites américains et français. Elles sont tirées d’une étude publiée dans la revue Vaccine. Son auteur, Greg G. Wolff, est chercheur au sein du département américain de la défense. Ses travaux portent sur « l’interférence virale », un phénomène « encore mal connu qui pourrait faire en sorte que certains virus, voire des vaccins, influencent le risque de contracter une autre infection virale dans le même temps », comme le résume le site du Centre Déclic, une association canadienne qui œuvre pour le dialogue entre les scientifiques et le public.


Concrètement, l’étude cherche à savoir si la vaccination contre la grippe peut augmenter le risque d’attraper d’autres virus respiratoires. Pour ces travaux, menés dans le cadre du programme de surveillance globale des pathogènes respiratoires du département américain de la défense, près de 9 500 échantillons ont été prélevés chez des membres des forces armées et leurs familles pour en analyser les potentiels virus.

Le chercheur a ensuite analysé ces données pour savoir si les personnes vaccinées avaient contracté plus de maladies respiratoires que celles non vaccinées au cours de la même saison. Les résultats montrent, entre autres, que 7,8 % des personnes vaccinées contre la grippe ont contracté une infection par un coronavirus durant la saison hivernale 2017-2018, contre 5,8 % des personnes n’ayant pas été vaccinées.

Or, le SARS-CoV-2 n’est apparu que fin 2019. « Au moment de l’étude, et même au moment de la publication électronique initiale, le Covid-19 n’existait pas encore », a insisté l’auteur de l’étude dans une note publiée après le début de la pandémie. Il s’est, en fait, intéressé à quatre types de coronavirus saisonniers (229E, NL63, OC43 et HKU1) qui provoquent des rhumes, et non au SARS-CoV-2.

« Il n’est pas possible d’affirmer que la vaccination contre la grippe augmente les chances d’attraper le Covid-19 puisqu’il n’y a pas eu de vaccination massive en temps de Covid », résume Matthieu Revest, infectiologue au CHU de Rennes.

Un chiffre peu significatif

Pour estimer l’importance de la différence entre deux chiffres, ici 7,8 % et 5,8 %, les épidémiologistes utilisent une mesure statistique appelée le « rapport de cote » (odds ratio, en anglais), explique Pascal Crépey, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en santé publique de Rennes. Celle-ci montre que les patients vaccinés étaient 36 % de plus que les autres à être atteints d’un coronavirus. Pour autant, cela ne prouve pas que le vaccin contre la grippe augmenterait considérablement les chances d’attraper un coronavirus, encore moins celui responsable du Covid-19.

Capture d’écran d'un tableau tiré de l’étude de Greg G. Wolff

Greg G. Wolff affirme que les conclusions de ses recherches ne « soutiennent pas le point de vue anti-vaccination contre la grippe saisonnière » et doivent, en fait, être interprétées « de manière inverse », étant donné que, de manière globale, les vaccinés étaient moins malades que les autres : « Une protection significative contre la grippe a été associée à la vaccination et une légère diminution des chances d’infection par d’autres virus respiratoires a également été constatée. » Les légères différences observées, comme pour les coronavirus, n’étant pas statistiquement probantes.

« Beaucoup de virus différents ont été testés lors de cette étude. Or, il existe un mécanisme classique en statistique qui est que plus on teste, plus on a de chance de trouver quelque chose sans pour autant que ce soit statistiquement significatif », prévient Pascal Crépey. Par ailleurs, l’étude n’avait pas pour objectif d’étudier spécifiquement les niveaux de risque des populations vaccinées ou non face au coronavirus. Le chiffre de 36 % est mis en avant par les opposants au vaccin contre la grippe, mais il ne tient pas compte des facteurs d’âge et de saison, qui ont pourtant une importance capitale en matière d’épidémies dues à des virus respiratoires.

Il n’est donc pas possible d’établir de causalité à partir de ces chiffres, c’est-à-dire de lien de cause à effet, même s’il existe bien une corrélation et que ces données semblent liées. Beaucoup de phénomènes peuvent ainsi être corrélés, sans que l’un ne soit la cause de l’autre.

Le vaccin contre la grippe, arme indirecte contre le Covid-19

« Dire que l’immunité contre la grippe aurait un effet sur d’autres infections respiratoires n’est qu’une hypothèse qui n’a jamais été prouvée scientifiquement », tient à rappeler Matthieu Revest, du CHU de Rennes.

Dans un communiqué publié en mai, l’Académie nationale de médecine rappelle que ce vaccin est « essentiel pour protéger la population contre une épidémie de grippe saisonnière sévère ». Avec notamment pour objectif, cette année, de faciliter les diagnostics des médecins en évitant les confusions entre le Covid-19 et la grippe qui ont des symptômes assez similaires. Cela pourrait permettre de limiter les dépistages inutiles, alors que de nombreux laboratoires sont déjà engorgés, et « diminuer le fardeau hospitalier », conclut Pascal Crépey.

Juliette Mansour

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article