Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

"Comment j'ai fait taire mon médecin au sujet des vaccins ?" La science en rigole encore. Portrait de Bob Sears.

Initiative Citoyenne a publié le 23 juin 2018 un article intitulé "Comment j'ai fait taire mon médecin au sujet des vaccins". Il s'agit du texte d'une vidéo traduite de la chaîne Youtube Aplanettruth (une chaîne-référence si vous êtes anti-vaccins, que vous pensez que l'Homme n'a pas marché sur la lune ou que la théorie de la gravité est une foutaise, etc.). 

Cet article constitue le témoignage de Robert (Bob) Sears qui, à l'occasion de la naissance de son troisième enfant avait consulté deux pédiatres.

Dans cet article, le Dr Sears indique qu'il a "travaillé personnellement pendant 10 ans dans l'industrie pharmaceutique en tant que scientifique". Il a aussi dit-il "mené des recherches approfondies sur les vaccins et leurs différents constituants". 

Notez que ses deux affirmation sont sujettes à caution. Je n'ai aucune source indiquant que c'est vrai. En tout état de cause, l'une ou l'autre affirmation, outre le fait que qu'elles constituent un argument d'autorité, ne permettent pas de dire que cet individu essaie de raconter des choses vraies. 

Il existe une certaine littérature anti-vaccinale, qui sous des allures scientifiques, se révèle en fait être totalement erronée (#pseudoscience). Bob Sears évoque sûrement ce genre de littérature quand il parle de "recherches approfondies".

On a ici un individu totalement guidé par son idéologie anti-vaccinale qui se rend chez deux autres confrères pédiatres. Et il se dit agressé par ces pédiatres lorsqu'il fait état d'objections sur la vaccination. 

Oui, car selon Bob Sears, les vaccins causent l'autisme. Le pédiatre en face de lui a tenté de le convaincre que le lien entre autisme et vaccin repose sur des études frauduleuses. Bob Sears dit alors que si les pédiatres ne croient pas en ce lien, c'est parce que les grands médias "disent et redisent" que l'autisme n'est pas causé par les vaccins (#complot).

Il semble que le pédiatre ne se laisse pas amadouer par les arguments de Sears. Ce dernier évoque alors les troubles auto-immuns. Il affirme que les adjuvants "sur-stimulent le système immunitaire" de "façon aveugle et non sélective". Il s'appuie alors sur ce qu'on peut deviner être une étude rétractée de Anthony Mawson pour expliquer gentiment que "les personnes vaccinées ont 30,1 fois plus de risques de faire une rhinite allergique que les non vaccinés". Cette étude est mauvaise. Elle n'est pas mauvaise parce que elle a été reprise abondamment par les sites antivax. Non, elle est mauvaise pourrie au point de vue méthodologique. Cela signifie que l'on ne peut pas se fier aux résultats qu'elle montre (cet article s'intéresse de près à cette étude). Malheureusement, les antivaccins ne s'arrêtent pas à ce genre de "détail".

Et il est donc très illustratif que Bob Sears se serve de cette étude pour affirmer ce qu'il dit. Il utilise de la mauvaise science, de la pseudoscience, de la junk science (appelez cela comme vous voulez) pour essayer démontrer quelque chose qui n'est pas vrai.

Après avoir parlé de cette étude au pédiatre, celui-ci a cessé d'avoir une "attitude hostile et négative", "il n'était plus à l'aise du tout".

Admettons que ce soit vrai (même si rien ne nous oblige évidemment à le croire, étant donné le pedigree de cet individu). Ce témoignage ne démontre strictement rien. Enfin si. Il démontre si il le fallait encore qu'Initiative Citoyenne raffole de ce genre d'article nauséabond qui permet d'une façon ou d'une autre de décrédibiliser la science, la médecine et la vaccination. Cet article est, à mes yeux, particulièrement illustratif de la méthode "Initiative Citoyenne" (et par corollaire de la méthode antivax). 

C'est à la fin de l'article que l'on se rend compte que Bob Sears (pour ceux qui ne le connaîtraient pas par ailleurs) est lui-même pédiatre.

En juin 2018, Skeptical Raptor proposait un article à propos de Bob Sears qui venait de faire l'objet de sanctions disciplinaires. Je vous propose son article.

***

La licence médicale du Dr Bob Sears en probation suite à ses positions anti-vaccinales

Publié par Skeptical Raptor, le 29/06/2018

Le 27 juin 2018, le Dr Robert (Bob) Sears, pédiatre anti-vaccin, a accepté une stipulation du California Medical Board qui place sa licence en probation et le soumet  à un ensemble de conditions non négligeables. La révocation de la licence médicale du Dr Bob Sears est en sursis - elle ne deviendra effective qu'en cas de violation des conditions - compte tenu des allégations spécifiques de la plainte et du fait qu'il s'agisse de sa première action disciplinaire. La sanction n'est pas anodine et constitue un avertissement clair contre de futures fautes. 

A propos du Dr Bob Sears

Le Dr Bob Sears promeut des informations problématiques sur les vaccins et est actif dans le monde des anti-vaccins depuis plusieurs années. Alors que son livre sur les vaccins prétendait offrir une approche modérée de la vaccination, il était extrêmement inexact à plusieurs égards et a alimenté la peur des vaccins chez les parents. Son livre sur l'autisme était encore pire : il embrassait ouvertement l'idée largement répandue que les vaccins causent l'autisme, il recommandait aux enfants autistes de ne pas recevoir de vaccins supplémentaires (p. 336) et il limitait ou retardait les vaccins pour leurs frères et sœurs (p. 336-337), il a activement recommandé un calendrier alternatif comme moyen de prévention de l'autisme (p. 337-38) - toutes ces choses sont sans aucun fondement scientifique et vont à l'encontre des preuves. Il a également recommandé des traitements non scientifiques et potentiellement dangereux dans le cadre de l'autisme, comme la chélation (pp. 274-275) et l'oxygénothérapie hyperbare (HBOT) (pp. 280-287), qui ne sont ni recommandés, ni fondés

Au cours des dernières années, le Dr Sears s'est ouvertement déclaré anti-vaccin, faisant des déclarations pour minimiser les risques et décourager les personnes de se faire vacciner lors d'épidémies de rougeole. Après la loi SB277, il a ouvertement encouragé, permis et probablement fourni des exemptions médicales non justifiées.

Cependant, ses activités anti-vaccinales ne sont pas l'objet de l'action disciplinaire.

L'affaire du Dr Bob Sears

Le 20 septembre 2016, le directeur exécutif du Medical Board of California, representé par le bureau du procureur général de Californie, alors dirigé par Kamala Harris, a porté plainte contre le Dr Sears (pdf).

La plainte faisait référence à son traitement envers un enfant appelée J.G., traité par le Dr Sears à partir de l'âge de deux ans, en 2014-2015. Les accusations portaient sur un traitement négligent de l'enfant et une mauvaise tenue des dossiers. L'accusation comportait trois parties :

Partie 1

Rédaction d'une exemption médicale permanente et injustifiée pour J.G.

Ce qui semble s'être produit, c'est que la mère de J.G. a prétendu que son fils avait eu des réactions après ses vaccins et, sans connaître les antécédents de l'enfant, le Dr Sears les a interprété comme des réactions plus graves que décrites et a accordé une dérogation sur cette base. La première affirmation de la mère était que l'enfant avait "arrêté d'aller à la selle et d'uriner" pendant 24 heures après les vaccins de ses deux mois - ce qui se traduisait dans la lettre du Dr Sears par "blocage des reins et des intestins". Comme l'a expliqué un médecin interrogé par la journaliste médicale Tara Haelle:

"... Un médecin n'écrirait pas "blocage des reins et des intestins", à moins que cela ne soit explicitement destiné à éviter les termes techniques à un public non averti; il écrirait "insuffisance rénale et occlusion intestinale"".

"Mais il ne peut pas parler d'insuffisance rénale dans la mesure où il n'a aucune preuve que l'enfant a bien une insuffisance rénale", a déclaré Snyder. "Si vos intestins sont vraiment bloqués, au point d'avoir une occlusion intestinale et une insuffisance rénale, c'est vraiment choquant".

La seconde affirmation de la mère était que trois mois après la vaccination, l'enfant "boitait comme une poupée de chiffon". Là encore, sans avoir d'analyses médicales ou de vérifications, apparemment, cela se traduit dans la lettre du Dr Sears par "encéphalite sévère". Encore une fois, Tara Haelle rapporte les propos du Dr Snyder :

"Le Dr Snyder a également noté qu'il n'est pas rare que les parents arrivent en disant que leur enfant "ne se comporte pas comme eux", ou qu'il boîte "comme une loque", ou qu'il "est mou comme une nouille", mais ces expressions ne sont souvent pas littérales quand les parents l'emploient, et cela ne signifie certainement pas que l'enfant est atteint d'encéphalite. Il convient de poser des questions supplémentaires pour comprendre ce que les parents veulent dire, mais ce ne serait certainement pas une raison pour exempter un enfant de tous les vaccins, une fois encore. Si la mère voulait dire quelque chose de grave, la due diligence nécessitait un examen approfondi."

En d'autres termes, le Dr Sears semble avoir écrit une lettre exemptant l'enfant de tous les vaccins à venir, une lettre qui au mieux n'était pas fondée, sans véritable investigation sur les faits.

Il est important de noter que cette lettre d'exemption est antérieure au SB277. L'enfant pouvait obtenir une exemption pour croyance personnelle à cette époque. Ce qui aurait été infondé également.

Partie 2

Ne pas avoir examiner J.G. lorsqu'il est venu avec un mal de tête après avoir reçu un coup de marteau par son père deux semaines plus tôt.

Comme expliqué par Orac à ce sujet :

"Aucun examen physique supplémentaire, y compris un examen neurologique très important (en cas de traumatisme crânien), n'a été effectué et aucune évaluation avec un bilan. J'avais l'habitude traiter des traumatismes, y compris pédiatriques, et je sais qu'il s'agit là d'une évaluation totalement inadéquate pour ce qui pourrait être une commotion, compte-tenu des symptômes et du timing, après avoir été frappé par un objet contondant."

Partie 3

Ne pas conserver les dossiers pertinents.

La stipulation contre le Dr Bob Sears

Comme mentionné précédemment, le 27 juin 2018, le Dr Bob Sears a signé "un accord écrit et une ordonnance disciplinaire" prévoyant certaines sanctions disciplinaires. Le premier paragraphe en page trois dit ceci :

"IL EST ORDONNE QUE le certificat de médecin et chirurgien N°A60936 délivré à Robert William Sears, M.D., soit révoqué. La révocation est suspendue et l'intimité est mis en probation pendant 35 mois aux conditions suivantes."

En d'autres mots, la licence du Dr Sears est en probation, sous réserve de conditions. Selon un collègue spécialisé en droit de la santé, ce type de résolution - une révocation conditionnelle, soumettant un médecin dans l'erreur à des conditions qui limitent sa capacité à abuser à nouveau de son pouvoir discrétionnaire - est une forme de résolution assez classique pour les commissions médicales. 

La question clé ici est de savoir quelles sont les conditions - et elles sont plutôt dures (comme le souligne Orac dans l'article cité plus haut).

1. Le Dr Sears suivra un module de formation approuvé par la commission de 40 heures par année de probation, avec l'objectif de corriger "tout domaine de pratique et de connaissances déficientes ...".

2. Le Dr Sears suivra un cours sur le professionnalisme (ou l'éthique) approuvé par la commission.  Si il en avait suivi un après 2014, mais avant la stipulation, cela peut compter si la commission l'approuve.

3. Le Dr Sears proposera un observateur désigné. L'observateur doit être "... un ou plusieurs médecins ou chirurgiens agréés dont les licences sont valides et en règle, et qui sont de préférence certifiés par l'ABMS (American Board of Medical Specialities). " Il doit s'agir d'une personne qui n'a "aucune relation personnelle ou professionnelle antérieure ou actuelle avec le répondant," ce qui exclut au moins certains collègues anti-vaccins du Dr Sears. L'observateur aura accès aux dossiers et aux locaux de M. Sears et il surveillera M. Sears. De toute évidence, l'identité de l'observateur compte beaucoup. L'observateur fera rapport à la commission tous les trimestres sur la pratique du Dr Sears et sur le respect des normes de pratique. Au lieu de cela, le Dr Sears peut participer à un "programme de perfectionnement professionnel" avec des rapports et un test de personnalité.

4. Le Dr Sears informera tout hôpital où il a des privilèges.

5. Le Dr Sears ne peut pas superviser les assistants médicaux, ni les infirmiers en pratique avancée pendant la période de probation.

6. Le Dr Sears fera rapport à la commission tous les trimestres s'il s'y conforme.

7. Le Dr Sears doit informer la commission de tout voyage hors de Californie qui durerait plus de 30 jours.

C'est un ensemble de condition assez solides. Les mesures de contrôle et les exigences de communication, et en particulier, la surveillance, ne sont pas anodines. Bien sûr, cela dépend en grande partie de l'identité de l'observateur et de son fonctionnement en pratique. Mais pour les trois prochaines années, le Dr Bob Sears devrait être placé sous une surveillance assez étroite. Il y a de fortes chances qu'il exerce avec beaucoup de prudence, mais que s'il dérape, il perdra son permis, au moins pour un certain temps.

C'est une stipulation. Ce n'est pas une jurisprudence, mais cela offre une norme et un reflet du ton de la commission. C'est un coup de semonce pour les médecins fournissant de fausses exemptions médicales aux vaccins. En empêchant un médecin anti-vaccin influent d'exercer librement, cela protège également indirectement les enfants des maladies évitables.

Le 29 juin 2018, le Dr Bob Sears a publié sur sa page Facebook des informations sur sa situation. Sans surprise, le post attribue sa situation à une conspiration initiée par "un législateur". Il a également mentionné qu'il est impliqué dans plusieurs autres affaires. Nous ne savons pas ce qui va se passer, mais cela vaudra la peine de suivre les événements.

La décision Bob Sears

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