Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Pourquoi cette étude "vaccinés c. non-vaccinés" n'est pas valide ?

Publié par Vaccinesworkblog, le 06 mai 2017

Depuis quelques jours, les antivaccins diffusent le lien vers une étude intitulée "Pilot comparative study on the health of vaccinated and unvaccinated 6- to 12- year old U.S. children" ("Etude pilote comparative sur la santé des enfants américains vaccinés et non vaccinés âgés de 6 à 12 ans"). L'auteur principal est le professeur d'université, Anthony R. Mawson. Cette étude n'est pas valide. Voici pourquoi.

Tout d'abord, je dois expliquer ce que l'on entend par validité et fiabilité quand on parle de science. L'Université de Californie le résume très bien : "Pour que les données de recherche aient de la valeur et soient utiles, elles doivent être à la fois fiables et valides." La fiabilité fait référence à la reproductibilité des résultats de l'étude. Si une étude a été réalisée de façon objective et bien exécutée, les autres scientifiques devraient être en mesure de la répéter (ou de la reproduire) et d'obtenir les mêmes résultats. La validité fait référence à la crédibilité de la recherche. Dans quelle mesure les résultats répondent-ils à l'hypothèse de départ ? Il existe une validité interne, qui permet d'évaluer ce que les procédures de l'étude ont mesuré par rapport à ce qu'elle était censée mesurer. Et il y a une validité externe qui permet d'évaluer la façon dont les résultats peuvent être généralisés.

Ainsi, dans une étude idéale sur la santé des enfants, nous ne devrions pas croire le chercheur sur paroles. Les données devraient être fiables parce que toutes les affirmations seraient vérifiées. Par exemple, si l'étude indique que 5% des enfants attrapent un rhume deux fois par an ou plus, ce serait plus sérieux que les chercheurs utilisent le dossier médical des enfants pour déterminer le nombre de rhumes qu'ils contractent chaque année. Nous saurions que les données ont été compilées par les prestataires de soins de santé et analysés par les chercheurs. Rien ne serait laissé à l'interprétation.

Mais si on demande simplement aux parents combien de rhumes par an a leur enfant, les réponses ne seront pas nécessairement fiables, car les parents ne connaissent pas forcément la différence entre un rhume, une grippe, ou des allergies. Et ils ne baseraient pas leur réponse sur des données collectées, mais bien sur des souvenirs. Les souvenirs sont notoirement imprécis.

Cela nous amène à l'étude de Mawson. Tout d'abord, vous devez savoir qu'il y a eu une tentative de publication de cette étude l'année dernière, mais les méthodes utilisées et le fait qu'il n'y avait que deux peer reviewer (l'un des deux étant chiropracteur) ont éveillé des doutes parmi la communauté scientifique. Beaucoup d'entre nous avons appris cela grâce à Retractation Watch, une source très intéressante à suivre si vous aimez en apprendre sur le fonctionnement de la science et le suivi des études. Uniquement sur base de l'abstract, l'étude a été critiquée par de nombreuses personnes, et notamment par le blog Respectful Insolence.

Sur le blog Respectful Insolence, ORAC (alias David Gorsk, oncologue) a, à juste titre, critiqué la méthodologie de l'étude ainsi que le fait qu'un chiropracteur était utilisé comme peer reviewer pour une étude épidémiologique. Les chiropracteurs ne sont pas les pairs des épidémiologistes. ORAC a également noté que cette étude avait été financée par Generation Rescue, un groupe notoirement antivax. 

Il y a des problèmes, de vrais problèmes. Ainsi, la revue Frontiers en a pris note et a retiré l'étude.

Quelques mois plus tard, l'étude a été publiée dans une revue en ligne payante intitulée Open Access Text. Des scientifiques réputés ne paient pas pour publier leurs études. Des revues comme Pediatrics, Vaccines ou The Lancet n'imposent pas aux auteurs de payer et elles sont considérées comme beaucoup plus respectables, surtout s'agissant ici d'un auteur qui occupe une position  de professeur. Les scientifiques connaissent ces faits. Ils savent que publier dans une revue prédatrice n'est pas un bon choix de carrière.

Alors, que s'est-il passé après que cette étude ait été retirée de Frontiers ? Elle a été soumise à Open Access Text, une revue en ligne payante prédatrice, qui l'a publiée cette semaine. Et elle est qualifiée partout comme étant valide.

Mais elle n'est pas valide. Voici pourquoi.  

Premièrement : Elle a été financée par deux groupes antivax connus, Generation Rescue et le Children's Medical Safety Research Institute (CMSRI). Ces deux groupes sont connus pour être opposés aux vaccins. Le CMSRI est financé par la Fondation Dwoskin, qui finance beaucoup d'opérations antivax. Cela  ne réfute en aucun cas les résultats, mais cela pose la question de connaître la motivation de l'étude. De même, j'examinerais avec beaucoup de scepticisme toute étude publiée par une société pharmaceutique.

Deuxièmement : Lisez l'introduction. Les auteurs introduisent l'étude en supposant que les vaccins provoquent de graves dommages. Les objectifs de cette étude étaient 1) de comparer les enfants vaccinés et non vaccinés sur un large éventail de problèmes de santé, y compris les affections aiguës ou chroniques, l'utilisation de médicaments et de services de santé, et 2) de déterminer si une association trouvée entre la vaccination et les troubles neuro-développementaux, le cas échéant, restait significative après ajustements d'autres facteurs mesurés." C'est un biais grave.

Troisièmement : Le plan de l'étude était faussé. "L'étude a été conçue comme une enquête transversale auprès des mères pratiquant l'école à la maison sur leurs enfants biologiques vaccinés et non vaccinés âgés de 6 à 12 ans. En l'absence d'informations sur les familles pratiquant l'école à la maison, il n'y avait pas de population définie ou d’échantillonnage à partir desquels une étude randomisée pourrait être réalisé et à partir de laquelle les taux de réponses pourraient être déterminés. Cependant, l'objet de notre étude pilote n'était pas d'obtenir un échantillon représentatif d'enfants scolarisés à la maison , mais bien un échantillon de commodité d'enfants non vaccinés d'une taille suffisante que pour vérifier les différences significatives entre les résultats des groupes." Dès le début Mawson et al, admettent qu'ils ne sont pas vraiment en mesure de faire une étude de qualité. "Un certain nombre de mères pratiquant l'école à la maison s'étaient portées volontaires pour aider le NEHRI à promouvoir l'étude auprès de leurs larges cercles de contacts pratiquant l'école à la maison." C'est également problématique. Des participants  ont fait la promotion de l'étude auprès de leurs propres amis. Comment ont-ils pris en compte les biais ? Ils ne l'ont pas fait.

Quatrièmement : Les méthodes étaient faussées. Les auteurs ont classés les enfants en catégories sur base des dires des mères : non vaccinés, partiellement vaccinés, complètement vaccinés. Ils n'ont pas consulté les dossiers médicaux. Les mères ont ensuite été invitées à indiquer les maladies de leur enfant, mais aucun dossier médical n'a été consulté. Ces données ont été analysées statistiquement, mais comment peut-ils analyser des données qu'ils n'ont pas vérifiés si elles sont exactes ? Ils n'ont pas consulté les dossiers médicaux car ils affirment que cela aurait entraîné une faible participation.

Cinquièmement : Les limitations. Oh mon Dieu, les limitations. "Nous n'avons pas cherché à tester une hypothèse spécifique sur l'association entre vaccination et santé." Donc ce n'était pas de la science.

Donc, qu'est-ce que tout cela signifie ? Cela signifie que nous ne pouvons pas valider que les informations fournies par les mères sont exactes et réelles. Cela signifie qu'aucune des données de cette étude ne veulent dire quelque chose, car personne ne sera jamais capable de la reproduire complètement. Personne ne pourra revenir en arrière et retrouver les mêmes mères anonymes et garantir de leur part les mêmes réponses. Ce genre d'étude n'apporte aucune valeur ajoutée à la littérature sur la santé des enfants. Honnêtement, j'aurais pu faire mieux comme étudiant de première année à l'université, dans mes débuts en cours de méthodes de recherche et d'analyse statistique.

Si vous voulez une vraie étude valide et fiable sur les vaccins, l'étude KIGGS est la solution. Les chercheurs ont, non seulement établi un questionnaire pour les parents, mais ils ont également mis en place un "entretien personnel standardisé assisté par ordinateur du parent accompagnant par le docteur," l'authenticité des données peut être vérifiée. C'est fiable. Cette étude pourrait être répliquée. Le statut vaccinal des enfants a été documenté. "Les questions sur les maladies ont été suivies par la collecte de données sur base des dossiers médicaux dans la fiche de vaccination." Tout a donc été vérifié. KIGGS est tout ce que cette nouvelle étude n'est pas. Il n'y a aucune raison de penser que cette nouvelle étude n'est rien d'autre que de la foutaise.

Souvenez-vous qu'il faut toujours vérifier les affirmations et toujours penser par vous-même.

Kathy

A lire pour plus d'informations sur cette étude (en anglais) :

KidNurse: THE TRUTH ABOUT VACCINATED VS UNVACCINATED

Respectful Insolence: A boatload of fail: Were two horrendously bad zombie “vaxed/antivaxed” studies retracted—again?

Respectful Insolence: The Mawson “vaxed/unvaxed” study retraction: The antivaccine movement reacts with tears of unfathomable sadness

Respectful Insolence: The check must have finally cleared, or: Mawson’s incompetent “vaxed/unvaxed” study is back online

Snopes: ‘First Ever’ Study Comparing Vaccinated and Unvaccinated Children Shows Harm from Vaccines?

Science Based Medicine: Two (now retracted) studies purporting to show that vaccinated children are sicker than unvaccinated children show nothing of the sort

I Speak of Dreams: About Those “Homeschooled, Unvaccinated Children are Healthier” Studies.

Note de Ceci n'est pas Initiative Citoyenne :

L'étude KIGGS, dont la validité et la fiabilité est vantée dans cet article de Vaccinesworkblog, est pourtant souvent citée par les antivaccins parce qu'elle démontrerait soi-disant que les enfants vaccinés sont plus souvent malades que les non-vaccinés.

Heureusement, l'excellent blog (en français) rougeole-epidemiologie.overblog.com décortique les méthodes qu'utilisent les antivaccins pour nous faire croire n'importe quoi

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article