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Les adjuvants aluminiques - En route vers le cherry picking

Avec le succès sur la loi californienne SB277 sur la vaccination, il semble y avoir une augmentation du nombre de vaccination chez les enfants en âge d'aller à l'école. Et c'est formidable que nous protégions nos enfants contre des maladies évitables par la vaccination. Pourtant, le public anti-vaccin est toujours à la recherche d'excuses boiteuses pour ne pas vacciner - actuellement, il s'agit de l'adjuvant aluminique contenu dans les vaccins.

La communauté anti-vaccin a tendance à ignorer le vaste et puissant consensus scientifique autour des vaccins. Au lieu de cela, ils préfèrent faire du cherry-picking d'études, souvent menées par des "scientifiques" biaisés qui publient dans des revues de piètre qualité. Ce cherry-picking (cueillette de cerises, en français) est une forme de biais de confirmation - les individus cherchent des preuves qui étayent leurs conclusions à priori plutôt que de laisser le corpus de preuves les conduire à une conclusion.

Généralement, ces mythes, basés sur le cherry-picking, sont débunkés. Mais le culte anti-vaccinal est créatif. Ils se concentrent sur une nouvelle "tête de turc". Il s'agit de l'aluminium dans les vaccins. Pour être honnête, les gens anti-vaccins sont des zombies, quand nous pensons les avoir détruit, ils reviennent gavés de nouveaux cherry-picking. Et débunker le danger de l'aluminium des vaccins constitue un sujet de discussion dépassé parmi la communauté pro-scientifique.

Aujourd'hui, nous allons examiner l'un de ces articles récemment publiés. Si l'on acceptait cette recherche, tout en ignorant l'analyse critique et le corpus d'autres sciences, alors ce serait un formidable prétexte pour confirmer nos propres croyances préconçues. Mais ce n'est pas comme ça que nous faisons de la science, donc jetons un coup d’œil à tout cela.

Table des matières

Nouvel article sur les adjuvants aluminiques

L'article s'intitule, "Insight into the cellular fate and toxicity of aluminium adjuvants used in clinically approved human vaccinations" (article complet) [en français : "Aperçu du devenir cellulaire et de la toxicité des adjuvants à base d'aluminium utilisés dans les vaccinations humaines approuvées cliniquement"] par Mold, Shardlow et Exley, récemment publié dans Scientific Reports. C'est un article complexe, rempli de photos, mais cela ne signifie pas qu'il réussisse l'examen de la critique. Nous allons voir ça ci-dessous.

Voici le point-clé des chercheurs :

"Nous démontrons que tous les adjuvants à base d'aluminium ne sont pas égaux en termes de propriétés physiques, de réactivité biologique et de toxicités potentielles, à la fois au site d'injection et au-delà. Une forte charge d'oxyhydroxyde d'aluminium dans le cytoplasme des cellules THP-1 sans cytotoxicité immédiate pourrait prédisposer cette forme d'adjuvant aluminique à son transport ultérieur dans le corps, y compris l'accès au cerveau."

C'est globalement la conclusion des auteurs. Et si vous voulez pratiquer le cherry-picking en extrayant des citations pour "prouver" que les vaccins sont à l'origine de tous les maux, vous sauteriez sur cet article.

Vous pourriez vous demander, pourquoi inclure un adjuvant aluminique dans les vaccins ? Un adjuvant est un composant du vaccin qui augmente la réponse immunitaire à un antigène. Le phosphate d'aluminium et l'hydroxyde d'aluminium sont les formes les plus courantes d'adjuvants utilisés dans les vaccins commerciaux. Voilà la réponse - cela améliore la réponse immunitaire.

Mais jetons un regard critique sur ce document et sur la recherche qui la sous-tend. Parce qu'il y a bien plus de choses à en dire qu'il n'y paraît. 

Je vais examiner cet article de deux manières. Premièrement, je vais regarder la méta - non, pas une méta-revue, ni une méta-analyse, mais ce qui se cache derrière cet article. Et deuxièmement, nous examinerons ce que dit la science.

Qui ? Quoi ? Où ?

Permettez-moi de commencer par un point-clé : cet article a été publié dans une revue à impact relativement élevé (5.228), Scientific Reports. Le journal appartient à Nature, l'un des journaux scientifiques les plus respectés et ayant un impact fort. Franchement, quand j'ai appris que cela avait été publié dans un journal appartenant à Nature, j'ai cru que ce serait de la bonne science. Je suis tombé dans le piège.

Scientific Reports est une revue open-source, à publication rapide et à comité de lecture. Elle a probablement été mise en place pour concurrencer les revues open-source populaires telles que PLOS. Être rapide ou en open-source ne signifie pas que c'est mauvais, mais cela signifie que certaines mauvaises recherches peuvent se faufiler à travers les mailles du filet.

Mais il y a d'autres points à prendre en compte. Les auteurs résident au Lennard-Jones Centre, une fondation de recherche britannique qui se concentre sur la physique, la mécanique quantique et la chimie.

Cependant, pour autant que je sache, il n'existe pas un seul chercheur possédant des compétences en immunologie, en neurobiologie ou dans n'importe quel autre aspect important de la recherche vaccinale. Ce manque de connaissances des sciences biomédicales fondamentales semble être flagrant dans cet article. Il n'est pas nécessaire d'être biologiste pour devenir un grand biologiste - mais si vous publiez un article qui condamne l'un des principes de base de la vaccination, je souhaite voir des chercheurs qui sont des experts en matière de vaccins.

Certes, les trois auteurs semblent avoir publié de nombreuses recherches sur l'aluminium environnemental - c'est un point essentiel. Ils semblent obsédés par la toxicité de l'aluminium et la maladie d'Alzheimer - ce qui a été totalement rejeté par la communauté scientifique.

En fait, l'Alzheimer's Society ne mentionne pas du tout l'aluminium dans son analyse des facteurs de risque de démence. Peut-être que Big Aluminium la contrôle.

La raison pour laquelle l'aluminium n'est pas lié à une maladie neurologique est que, dans d'énormes études épidémiologiques, aucune corrélation n'a été trouvée entre l'aluminium environnemental et les maladies neurologiques. Aucun. Les auteurs semblent ignorer les preuves qui réfutent leurs recherches. Et je pense qu'il y a plusieurs raisons à cela.

Le problème le plus important concernant leurs recherches, et une préoccupation troublante pour quiconque possède un ou deux neurones scientifiques, est que cette étude a été financée par la Fondation de la famille Dwoskin. Cette fondation est l'un des soutiens à la recherche les plus profondément anti-vaccins dans le monde

Dwoskin a financé des recherches menées par deux des plus grands charlatans de la communauté antivaccinale - Christopher Shaw et Lucija Tomljenovic. Leurs "recherches" sont souvent risiblement biaisées et sont presque toujours publiées dans des journaux prédateurs de la junk science. Ils ont publié, en réalité, un article dans un journal respecté - Il a été rétracté.

Claire Dwoskin est membre du conseil d'administration du Centre National d'Information sur la Vaccination. En 2011, les Dwoskin ont également soutenu la conférence anti-vaccin sur la "sécurité" en Jamaïque, à laquelle ont participé les charlatans Shaw et Tomljenovic.

Je pense effectivement que la source de financement devrait avoir un certain poids dans la détermination du biais dans la recherche. Même la religion anti-vaccinale est d'accord parce que ses membres ont tendance à rejeter quiconque ou n'importe quelle étude ayant un lien étroit avec Big Pharma.

Mais les Dwoskin sont tellement anti-vaccins qu'il m'est difficile de passer sous silence le financement de cette recherche. Je n'ai trouvé aucun signe qui indique qu'ils accordent du financement à des personnages qui ne font pas partie du mouvement anti-vaccinal.

Quand j'ai vu apparaître leur nom dans les sources de financement, j'ai pris 10 nanosecondes pour écarter cette recherche parce qu'elle est parfaitement inutile. Maintenant, il est possible que les chercheurs ici ne connaissent pas les Dwoskin, mais ça semble peu probable. Sans aucune preuve, je pense que les chercheurs se sont rendus compte de ce vers quoi leurs recherches les menaient et ils savaient qu'ils pourraient obtenir un peu d'argent des Dwoskin.

Mais, assez de critiques. Regardons ce que dit la science.

La recherche sur les adjuvants aluminiques

Comme je l'ai mentionné précédemment, cet article est rempli de données. Critiquer chaque point m'est difficile parce que cela me forcerait à écrire un article de plus de 5.000 mots. Je vais m'en tenir aux points qui me causent le plus de problèmes. Il n'y a pas d'ordre particulier à cette liste, elle n'a pas été ordonnée d'une manière particulière.

1. Recherche in vitro. Comme je l'ai écrit, les études sur les cultures cellulaires peuvent mener à des percées scientifiques - et cette étude utilise une lignée de culture cellulaire. Cependant, moins de 1% des études sur la culture cellulaire conduisent à des résultats cliniquement significatifs. Cette absence de résultats s'explique par de nombreuses raisons, principalement parce que les cultures cellulaires sont un "modèle" pour les effets biologiques, mais il est extrêmement limité. Appelez-moi dans 20 ans s'il existe des études de cas-contrôles épidémiologiques qui appuient ces recherches. 

2. La lignée cellulaire THP-1. Cette lignée cellulaire est issue du sang d'un homme atteint d'une leucémie monocytaire aiguë. Il est généralement utilisé pour examiner les interactions protéine - protéine de la leucémie et pour l'immunohistochimie, un champ qui tente de détecter les antigènes dans les cellules de coupes de tissu sous microscopie. C'est un peu la recherche que font les auteurs, mais c'est une application inhabituelle.

3. Les lignées cellulaires ignorent la physiologie. La recherche sur la culture cellulaire me rend fou. Les cellules sont cultivées dans un milieu artificiel qui la nourrit généralement - mais ce n'est pas ainsi que fonctionne la physiologie cellulaire. Par exemple, le corps dispose de méthodes pour évacuer l'aluminium d'origine environnementale, notamment par l'urine et la bile.

4. Concentration d'adjuvant aluminique. Les chercheurs ont utilisé 2,5; 25,0; 50,0 et 100,0 μg/mL d'adjuvants vaccinaux. La plupart des vaccins contiennent 125 à 800 μg d'adjuvant aluminique, ce qui peut paraître proche de ce qui apparaît dans la recherche. Cependant, si nous examinons la concentration en aluminium dans le corps après l'injection, ces doses équivalent à 0,125 à 0,8 μg/ml (en supposant un bébé de 12 kg), des ordres de grandeur inférieurs à ceux utilisés dans cette recherche. On pourrait soutenir que la concentration est plus élevée au site d'injection, mais cette étude utilise des cellules sanguines, pas des cellules musculaires. Je ne peux que conclure que ces chercheurs ont utilisés des concentrations plus élevées d'adjuvant aluminique pour obtenir des résultats plus clairs. Ça ne me dérange pas, mais les auteurs devraient en expliquer la raison.

5. Les résultats. J'admets que mon bagage scientifique manque d'histologie - ça m'ennuyait. Mais j'ai suffisamment de connaissances pour affirmer sans équivoque que je n'adhère pas à leurs résultats, ni à leurs conclusions. Ils ont publié de belles micrographies électroniques montrant de grosses gouttes d'aluminium dans certaines cellules.  Je ne sais quel pourcentage de cellules inclut ces gouttes parce qu'il n'y avait pas de groupe contrôle pour comparer. Mais il y a d'autres problèmes - il n'existe aucune explication sur les conséquences biologiques de ces gouttes et sur l'application clinique chez l'homme. De plus, il est problématique que la plus faible concentration d'adjuvant utilisée, soit 2,5 μg/ml, soit 2 à 10 fois plus que la concentration sanguine immédiatement après la vaccination, ne montre pas de gouttes. Ils utilisent des concentrations beaucoup plus élevées d'adjuvant pour obtenir des résultats, mais même dans ce cas, le corps humain le traiterait rapidement par dilution et sécrétion. 

6. Citations. Généralement, je me fiche des citations. Mais pour citer les auteurs, "En outre, l'utilisation d'adjuvants dans la vaccination humaine a été associée à des effets indésirables souvent classés dans le syndrome auto-immunitaure (ou auto-inflammatoire) induit par les adjuvants (ASIA)". Non, ce n'est pas exact. Les auteurs citent deux articles des charlatans susmentionnés, Shaw et Tomljenovic, ainsi qu'un autre article de l'un des "scientifiques" anti-vaccination les plus notoires, Yehuda Schoenfeld, qui a inventé l'ASIA, un concept rejeté par la communauté scientifique. Il est difficile, voire impossible, d'accepter cette recherche alors qu'ils acceptent sans discernement les "preuves" ridicules et démenties inventées par des chercheurs ridicules et ayant perdu toute crédibilité.

Références

Publié par Skeptical Raptor le 16/08/2016

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