26 Septembre 2026
Dans un récent article paru sur le site de désinformation de l’AIMSIB intitulé ""Vaccins, la mafia" : pourquoi son auteur prend tous les risques", le Dr Vincent Reliquet, antivaccin notoire, a interviewé le Docteur (*) Helmut Sterz.
(*) Le terme “Docteur” fait référence au fait qu’il est toxicologue et vétérinaire. Remarquons qu’il n’est donc pas un médecin pour humains; qu’il est à la retraite et qu’il n’est pas un spécialiste des vaccins humains.
Helmut Sterz est présenté comme “ancien responsable de la recherche animale chez Pfizer Europe”. Vincent Reliquet évoque dans la première question qu’il adresse à Sterz une “retraite récente”. Concrètement, il a pris sa retraite en 2008-2009, soit près de 12 ans avant la pandémie Covid19.
Dans son introduction, Reliquet évoque qu’il lui a été imposé d’écrire un livre cinglant. Avouons qu’on aurait largement pu se passer d’un énième bouquin antivax. On y reviendra aussi, mais clairement, la santé publique n’a pas besoin qu’on ajoute de la désinformation à celle déjà largement ambiante.
Le format de l’interview est un peu particulier parce que l’intervieweur, Vincent Reliquet, formule des questions presque aussi longues et tout autant chargées que les réponses de Helmut Sterz.
La première question de Reliquet est intéressante. Tout d’abord, en présentant Helmut Sterz, il évoque sa “retraite récente” (datant de 2008-2009 donc) puis la crise Covid “qui vous a énormément marqué, au point de faire en sorte de sortir de votre réserve”. Soyons clair, ce monsieur n’a absolument aucun “secret”, aucun “dossier” un minimum tangible à révéler sur son ancien employeur.
Ce monsieur a eu accès aux informations connues de tout le monde, à la désinformation connue de tous, mais rien de plus. Ça me semble important d’insister sur ce point, qui n’est évidemment pas mis en avant par les deux protagonistes dans l’interview. Et d’ailleurs, Reliquet explique que le bouquin “témoigne d’une hallucinante dérive politico-industrielle”. En quoi, l’avis d’un toxicologue pour animaux, à la retraite depuis 18 ans, peut-il nous éclairer sur les décisions politiques et industrielles d’une crise sanitaire ayant touché des humains il y a 6 ans ? Cette question est vertigineuse. Comme il l’explique, Helmut Sterz défend l’idée que les essais pré-cliniques de vaccins ont été réduits “a minima”. C’est la thèse que défendent déjà et depuis longtemps, beaucoup d’antivaccins. N’étant pas un insider, le fait qu’Helmut Sterz puisse en dire quelque chose de neuf et de pertinent est improbable.
On le voit d’ailleurs très bien dans sa réponse à la deuxième question.
/image%2F3038227%2F20260903%2Fob_519a54_sterz1.png)
Voilà de la rhétorique complotiste pure et dure : imaginer (et ne pas fournir la preuve) que des élites mènent en coulisse un projet secret pour nuire à la population et gagner de l’argent. C’est littéralement la définition du mot “complot”.
Moi, je veux bien croire qu’il existe des complots. Je n’ai aucun frein psychologique à cela. Par exemple, dans un autre domaine, quand le scandale du Dieselgate a été révélé, qu’il a été vérifié au moyen de preuves tangibles par différentes personnes expertes du sujet, j’y ai cru.
Mais dans le cas qui nous occupe, l’histoire est différente qu’avec le Dieselgate, parce que, premièrement, il y a des affirmations extraordinaires qui sont formulées, comme par exemple le fait que ce sont les “laboratoires du Département de Défense américaine” qui ont “conçu la pandémie”, ou que des “médecins ont été durement punis pour leur résistance”. Ces affirmations extraordinaires et extrêmement graves méritent de très solides preuves. Or ce n’est pas ce que M. Sterz nous apporte.
Deuxièmement, il y a des contre-vérités évidentes : M. Sterz ment. Par exemple, quand il parle de “produits lamentables prétendument anti-covid élaborés par les firmes pharmaceutiques”. Il met de facto à la poubelle des dizaines de milliers de références scientifiques apportant du crédit à la sécurité des vaccins contre le Covid19, élaborées partout dans le monde.
Troisièmement, M. Sterz se contredit lui-même.
Dans une autre question hyper-chargée dont Vincent Reliquet a le secret, celui-ci pose une question tout en nuance à Sterz.
/image%2F3038227%2F20260903%2Fob_3c896d_sterz2.png)
Sterz répond : “ni l’un, ni l’autre”, puis explique que le PDG de Biontech est cupide, qu’il cherchait une thérapie contre le cancer, qu’il n’avait pas “l’imagination pour prévoir les risques de la technologie ARNm”.
Ce passage prête à sourire parce qu’en posant une telle question, Reliquet s’attendait à ce que Sterz embraye sur la rhétorique complotiste mise en place à la question précédente. Au lieu de cela, Sterz essaie de nous dresser le portrait d’un scientifique amateur et cupide à qui la situation a échappé. Il dit : “Il était très fort dans la résolution des problèmes technologiques et techniques, mais il n’avait pas l’imagination pour prévoir les risques de la technologie à ARNm. Quand le tsunami de dollars l’a surpris, il n’avait pas la qualité d’un leader qui aurait dû freiner la catastrophe qui s’annonçait.”
Je trouve que ce passage est totalement contradictoire avec le fait qu’il évoque, à l’occasion d’une autre question, que “N’oubliez pas que l’Allemagne est depuis 1945 sous la tutelle des Etats-Unis. Les Etats-Unis sont un des plus hauts responsables pour cette « pandémie » qui en vérité est une pandémie conçue dans des laboratoires du Département de Défense américaine.” La version avec le scientifique amateur et cupide est difficilement conciliable avec le fait que tout ait été orchestré depuis les Etats-Unis.
Vous noterez par ailleurs que M. Sterz en tenant de tels propos est à des années-lumières de l’expertise qui est censée être la sienne, c’est-à-dire la toxicologie animale. Et il ne se prive pas de poursuivre sur cette voie quand il répond à une question de Reliquet sur les “règles éthiques pourtant fixées après les procès de Nuremberg”. Notez que la référence à Nuremberg est placée, le point Godwin est atteint et le bingo complotiste est complet.
Il y a aussi ce passage où dans la question qu’il développe, Vincent Reliquet demande “Qu’est-ce qui vous a décidé à briser la loi du silence pourtant drastiquement imposée par votre firme d’origine ?”. Et lui répond “Pfizer ne m’a pas imposé la loi du silence et j’ai évidemment respecté la confidentialité de tous les aspects de mon travail pour Pfizer avant 2008.” La mise en scène que veut nous vendre Vincent Reliquet tombe à l’eau.
Vincent Reliquet évoque que “l’avocat Reiner Füllmich, croupit dans une prison allemande depuis 2023 après avoir été enlevé au Mexique par les services secrets de son pays.“ Arrêtons-nous sur ce personnage.
Reiner Fuellmich est un avocat allemand qui s’est fait remarquer pendant la crise Covid19 par ses propos conspirationnistes et désinformateurs.
Dans une vidéo de 2020, on pouvait le voir qualifier la pandémie de “fraude basée sur des tests-PCR” qui “ne détectent pas le virus”.
En juin 2021, Reiner Fuellmich annonçait, au blog France-Soir, la mise en place d’un tribunal international visant à juger les crimes contre l’humanité pendant la crise sanitaire. Ce n’est évidemment pas vrai.
Dès 2020, il avait annoncé une “demande d’indemnisation pour les dommages liés au coronavirus” contre l’Organisation Mondiale de la Santé et le virologue Christian Drosten. C’était faux.
Plus tard, des publications sur les réseaux sociaux affirmaient que Christian Drosten était poursuivi par la justice allemande grâce à une action de Reiner Fuellmich à propos des tests PCR. Les tribunaux allemands ont confirmé que c’était faux.
En 2021, Reiner Fuellmich aurait lancé une action mondiale pour crimes contre l’humanité contre l’OMS, jugée recevable par la plus haute cour de justice canadienne. C’était faux d’après la Cour suprême du Canada elle-même.
En janvier 2022, dans une vidéo, il affirme que 75 dirigeants politiques et d’entreprise ont été condamnés à la prison à perpétuité pour “crime contre l’humanité” et “génocide médical”. Auraient été condamnés notamment Albert Bourla (PDG de Pfizer), Xi Jinping (président de la Chine), le Pape François, la Reine Elisabeth, etc. Il se basait sur un document faisant croire à une décision de la Cour Pénale Internationale. C’était faux.
Sans cesse reporté, le Nuremberg 2.0 devait s’ouvrir le 5 février pour juger Bill Gates, le Dr Anthony Fauci, Pfizer, etc. En vidéo, un prétendu “tribunal de l’opinion publique” s’est tenu à cette date. Reiner Fuellmich y accusait l’OMS et les scientifiques d’avoir planifié et imposé au monde une “fausse pandémie”. Il explique qu’il n’y avait pas de cas au début de l’année 2020, les résultats des tests PCR étant des “faux positifs”. Le but étant de déclarer un état d’urgence sanitaire international et de “pouvoir utiliser des médicaments non testés, des injections expérimentales” sur des personnes. Ce “tribunal” de pacotille n’avait évidemment aucune valeur juridique.
À quel moment, après combien de mensonges, peut-on prétendre que Reiner Fuellmich a pris ses auditeurs pour des cons ? Je ne fais que poser la question. Et attendez, ce n’est pas fini :
En octobre 2022, Viviane Fischer, sa collaboratrice, et Reiner Fuellmich, tous deux organisateurs de l'action de groupe « Nuremberg 2.0 », s'accusent mutuellement d'avoir détourné la cagnotte destinée à l'organisation du procès.
Il est arrêté en octobre 2023 dans le cadre d'accusations d'abus de confiance et de détournement de fonds à hauteur de plus d'un million d'euros. Il est radié du barreau en 2024, et condamné à 3 ans et neuf mois de prison en avril 2025.
Il n’est pas arrêté pour ses positions conspirationnistes. Il est arrêté précisément parce qu’il a détourné l’argent de ses auditeurs pour le procès Nuremberg 2.0, près 700.000 € sur son compte personnel.
Monsieur Helmut Sterz, pour en revenir à lui, ne craint rien juridiquement parlant, dans le cadre de la publication de son livre. Les inepties qu’il colporte sont protégées par la liberté d’expression. Il peut d’ores et déjà affûter ses “arguments” pour le tome 2.
Par ailleurs, on remarque que les “arguments” de Reiner Fuellmich ressemblent fortement à ceux avancés par Helmut Sterz. Franchement, inutile de se prétendre toxicologue chez Pfizer pour déblatérer de telles inepties.
Enfin, j’aimerais insister sur la rhétorique employée par Vincent Reliquet. Il dit “Comment oser écrire un tel livre sur un tel sujet, et avec une telle prise de risques ?” ; “Qu’est-ce qui vous a décidé à briser la loi du silence pourtant drastiquement imposée par votre firme d’origine ?” ; “Monsieur Sterz, craignez-vous pour votre vie?”.
Je ne sais pas sur quelle planète vit M. Reliquet. Il suffit de taper “vaccins” dans la barre de recherche d’Amazon, pour trouver en 10 secondes des dizaines de livres complotistes antivax, et pas des moindres. A l’heure d’écrire ces lignes, j’ai fait l’expérience. Ressortent dans les premiers résultats : “Vaccins, un génocide planétaire” déjà à sa quatrième édition de Christian Tal Schaller et “Qui aime bien, vaccine peu” avec la préface de Michel Georget édité depuis 2007,
Ces livres sont en vente libre depuis 20 ans ou plus, sur internet et dans la grande distribution. Michel Georget et Christian Tal Schaller ont eu l’occasion de promouvoir, en toute liberté et en utilisant leurs arguments les plus extrêmes et les plus loufoques, leurs bouquins antivax. Alors, sérieusement, que risque Sterz en publiant son livre ? Rien, mis à part le fait que ses anciens collègues se remémorent son pot de départ à la retraite et se disent qu’il a bien vrillé depuis lors.
Commenter cet article