Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Une étude qui ne dérange personne

Del Bigtree est un producteur TV américain connu pour être un antivaccin de longue date. Il a produit le film de désinformation Vaxxed. Il dirige l'organisation antivaccin Informed Consent Action Network (ICAN). Il possède aussi un podcast, The Highwire, qui lui permet d'inviter et de discuter avec des personnalités antivaccins.

En tant que producteur TV, il n'est certes, absolument pas compétent pour parler en tant qu'expert de la vaccination, mais il sait faire le show. Créer le buzz, faire parler de lui et de sa cause, il sait le faire. Il a sorti en 2025 un "documentaire" (je mets des guillemets parce qu'en l'occurence, un vrai documentaire est censé essayer de refléter la réalité) intitulé Une étude qui dérange. 

Avant de parler de ce documentaire et donc de cette étude, il faut avoir quelques notions importantes en tête. Ce sont des notions de base, rien de révolutionnaire. Ces notions seraient valables même si ce documentaire n'avait pas existé.

Une étude scientifique qui n'est pas publiée dans une revue scientifique n'est pas une preuve en soi. Une étude qui n'est qu'au stade de brouillon ou de préprint n'est généralement pas prise en compte par la communauté scientifique.

Pourquoi ? Si un chercheur souhaite partager les résultats qu'il a obtenu, il est obligé de publier dans une revue scientifique. Parce que cela permet à d'autres chercheurs du même domaine de consulter les données, d'éventuellement les vérifier, et pourquoi pas, tenter de les reproduire en établissant un protocole similaire. C'est comme ça que ça marche.

Vous pourriez me rétorquer : "si un chercheur obtient des résultats différents du consensus et qu'il essaie de les publier, la revue va le censurer."

Déjà, si le phénomène que décrit l'étude scientifique entre en contradiction avec le consensus scientifique, alors le chercheur devrait d'autant plus apporter des preuves solides dans sa démonstration. Si il échoue à fournir ces preuves parce que les données ou la méthodologie qu'il a adoptée sont biaisées, alors il est logique d'écarter l'étude et d'inviter le chercheur à revoir là où le bât blesse dans sa copie. C'est le rôle du peer reviewing, ou revue par les pairs, qui permet une vérification par des experts du domaine avant publication.  Il n'est donc pas question de censure, c'est juste une question d'honnêteté intellectuelle.

Les antivaccins criant au complot parce que Big Pharma censurerait les chercheurs antivaccins ne se privent pourtant pas de partager, dès que possible, des études qui prétendent que la vaccination n'est pas aussi sûre et efficace qu'annoncé.

Alors certes, ces études finissent parfois par atterrir dans des « revues prédatrices » prêtes à publier n'importe quoi contre rémunération. Mais cela confirme bien que le problème n'est pas une soi-disant censure de Big Pharma, c'est la piètre qualité de la recherche initiale.

Je suis tombé sur un article du 9 juin 2026 du blog France-Soir qui raconte l'histoire de cette "étude qui dérange". J'y ferais aussi référence dans l'analyse qui suit. 

Les antivaccins se posent des questions, les provaccins font juste confiance

C'est un mythe que l'on rencontre beaucoup quand on discute avec des personnes qui dénigrent les vaccins. Eux seraient plus éveillés, plus conscients des problèmes, plus attachés à la transparence, plus attachés à l'intégrité scientifique, etc. Les provaccins ne sont que des suiveurs, faisant confiance en la théorie officielle, n'étant pas sensibilisé aux vrais problèmes de la médecine et du monde. 

Mais démystifions cela : en réalité, les questions que posent les antivaccins ne sont pas pertinentes.

Premièrement, parce que des réponses existent déjà. Alors soit, ils n'ont pas réellement cherché les réponses, soit, ils les ont cherché mais ne les ont pas prises en compte parce qu'elles ne correspondent pas à ce qu'ils veulent entendre ou lire. Vous voyez, ce sont ces sempiternelles questions maintes et maintes fois répondues. 

Deuxièmement, les chercheurs n'attendent pas d'être questionnés par les antivaccins pour essayer de confirmer ou infirmer leur hypothèse, tout simplement parce que ces questions, les chercheurs se les sont déjà posées avant eux. 

Troisièmement, les questions ne sont pas pertinentes parce qu'elles sont juste hors sujet. La question sur le mercure dans les vaccins ? Dépassée, il n'y a plus de vaccins avec du mercure chez nous. La question sur l'ADN fœtal dans les vaccins ? Juste faux. Les illuminatis contrôlent le monde et veulent juste nous vendre des vaccins via Big Pharma ? La science n'a pas grand chose à dire sur ce sujet. Poser de telles questions est juste une manière de désinformer.

Del Bigtree et l'ICAN sont connus pour poser des questions ou recommander des éléments qui ne sont absolument pas pertinents. Forcément, ils ne reçoivent pas la réponse qu'ils feignent d'attendre. Et cela leur permet de crier à la censure ou au manque de transparence.

Les chercheurs se posent des questions. C'est leur métier. Ils sont payés pour cela. Sur le sujet de l'autisme par exemple, il y a un consensus scientifique robuste sur le fait que les vaccins ne causent pas l'autisme. Pourtant, il existe des études scientifiques qui continuent d'être publiées sur le sujet et dont les antivaccins n'en font malheureusement pas l'écho.

France-Soir rapporte pourtant l'affirmation d'un médecin, Franck Zeiger, qui a posé en photo avec Del Bigtree : "De vrais échanges avec le réalisateur Del Bigtree. On rappelle que les scientifiques sont ceux qui se posent des questions… sûrement pas ceux qui refusent le questionnement".

La suite de l'article de France-Soir indique : "Ce film, produit par l’Informed Consent Action Network (ICAN) et réalisé par Del Bigtree (déjà connu pour la série Vaxxed), est sorti en octobre 2025. Il a rapidement dépassé les cents millions de vues et un débat mondial sur la transparence scientifique et la sécurité des vaccins pédiatriques."

Je ne sais pas si le chiffre de vues cité est correct. S'il l'est, cela veut dire que la puissance de la désinformation antivaccin est vraiment effrayante. Par contre, dire que le film a provoqué un débat mondial sur la transparence scientifique et la sécurité des vaccins me semble bien orgueilleux. 

Soyons clair, la transparence scientifique devrait sans doute être améliorée. Le système actuel a ses failles. Et ce ne sont pas celles auxquelles les antivaccins pensent. Par contre, la sécurité des vaccins pédiatriques est bien établie depuis des décennies. Certes, il y a eu des débats sur X ou Facebook parce que le film contribue à la désinformation ambiante, par contre, il n'a pas fait bouger d'un iota le consensus scientifique. 

Evidemment, vu comme cela, l'histoire est moins vendeuse pour le film de Del Bigtree. 

Le film

D'après la mise en scène de Del Bigtree dans le film, les événements se sont déroulés comme ceci :

En 2016, après avoir visionné le film antivaccin Vaxxed, le Dr Zervos a exprimé le souhait de rencontrer Del Bigtree pour discuter des données. 

Au cours de leur échange, Bigtree lance l'idée au médecin : puisque le système de santé Henry Ford Health dispose d'immenses bases de données, il le met au défi de mener une vaste étude comparant des enfants vaccinés à des enfants non-vaccinés pour "prouver une fois pour toutes" la sécurité des vaccins. 

Le Dr Zervos aurait accepté de mener ce travail en interne, persuadé que les données iraient dans le sens de la sécurité vaccinale, avec l'engagement de publier les résultats indépendamment de ce qu'ils montreraient.  

L'étude

Le Dr Zervos et son équipe réalisent l'étude Impact of Childhood Vaccination on Short and Long-Term Chronic Health Outcomes in Children:A Birth Cohort Study. Cette étude jamais publiée dans une revue conclut ceci :

"Cette étude a révélé que l'exposition à la vaccination était indépendamment associée à un risque globalement multiplié par 2,5 de développer une affection de santé chronique, comparativement aux enfants non exposés à la vaccination. Cette association était principalement due à l'asthme, aux maladies atopiques, à l'eczéma, aux maladies auto-immunes et aux troubles neurodéveloppementaux. Cela suggère que chez certains enfants, l'exposition à la vaccination pourrait augmenter la probabilité de développer un problème de santé chronique, en particulier l'une de ces affections."

Malgré le fait que cette étude n'a jamais été publiée, les antivaccins, Del Bigtree en tête, n'hésitent pas à relayer cette conclusion partout où ils le peuvent. Pourtant, la question à se poser maintenant est : pourquoi cette étude n'a jamais été publiée ?

Ce site donne des réponses : 

L'étude visait à comparer la fréquence de certaines affections de santé chroniques chez les enfants ayant reçu au moins un vaccin et les enfants n'ayant reçu aucun vaccin. Pour ce faire, elle a examiné les dossiers médicaux de plus de 18.000 enfants nés entre 2000 et 2016, parmi lesquels environ 1 900 n'étaient pas vaccinés. Elle a exclu les enfants présentant des anomalies chromosomiques et des maladies congénitales afin de s'assurer que la population étudiée était "globalement en bonne santé".

Les affections de santé chroniques examinées par les chercheurs incluaient le diabète, l'asthme, les allergies, le cancer et les troubles neurodéveloppementaux comme l'autisme. La fréquence de chaque affection chez les enfants vaccinés et non vaccinés a ensuite été comparée.

Grâce à cette méthode, les chercheurs ont constaté que certaines affections de santé chroniques — plus précisément l'asthme, les maladies auto-immunes, l'eczéma et les troubles neurodéveloppementaux — étaient plus souvent relevées dans le groupe vacciné par rapport au groupe non vacciné. Fait intéressant, les chercheurs n'ont trouvé aucune association entre la vaccination et l'autisme.

Les chercheurs ont conclu que "la probabilité globale d'être exempt de toute affection de santé chronique après 10 ans de suivi était de 43 % dans le groupe exposé à la vaccination et de 83 % dans le groupe non exposé". Ils ont ajouté que "chez certains enfants prédisposés, l'exposition à la vaccination pourrait augmenter la probabilité de développer une affection de santé chronique", tout en reconnaissant que ces "résultats préliminaires ne permettent pas de prouver un lien de causalité".

Les faiblesses de l'étude

Différence de recours aux soins entre les enfants vaccinés et non vaccinés

Dans un fil de discussion sur X , Jeffrey Morris, biostatisticien et professeur à l'Université de Pennsylvanie, a exprimé plusieurs préoccupations concernant l'étude, dont un problème clé est le degré de biais de sélection.

Dans le cas de cette étude, ce biais survient parce que le recours aux soins n'était pas le même dans les groupes non vaccinés et vaccinés. Les chercheurs ont noté que les enfants vaccinés effectuaient en moyenne sept visites médicales annuelles, qu'ils souffrent ou non d'une affection de santé chronique. Cela contraste avec les deux visites médicales annuelles en moyenne chez les enfants non vaccinés.

C'est important car plusieurs affections de santé chroniques comptabilisées dans l'étude, comme les troubles neurodéveloppementaux, nécessitent de multiples consultations pour être diagnostiquées correctement. Par exemple, le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) nécessite généralement trois à quatre visites médicales pour être diagnostiqué, a écrit Morris.

Par conséquent, la plus faible incidence d'affections chroniques observée dans le groupe non vacciné pourrait s'expliquer par le fait que ce groupe était moins susceptible de consulter le médecin — et donc moins susceptible de voir ses problèmes médicaux diagnostiqués — plutôt que par le fait que ce groupe était en meilleure santé.

Cependant, les chercheurs n'ont pas considéré cet écart de recours aux soins comme une source de biais préoccupante, affirmant que les enfants non vaccinés souffrant effectivement d'une affection chronique effectuaient près de cinq visites médicales annuelles. Le fond de leur argument est qu'il n'y avait pas de différence significative de recours aux soins susceptible d'affecter leurs résultats.

Mais les autres conclusions de l'étude suggèrent le contraire.

Jake Scott, spécialiste des maladies infectieuses à Stanford Medicine et témoin lors de l'audience au Sénat, a noté que l'étude n'avait enregistré aucun cas de TDAH parmi les quelque 1 900 enfants non vaccinés.

« Comment est-ce possible avec une prévalence nationale de 11 % ? C'est hautement improbable, à moins que ces affections ne soient pas diagnostiquées », a-t-il déclaré.

Un autre indice suggérant qu'une différence de recours aux soins a influencé les résultats de l'étude, selon Scott, a été de constater que les otites étaient six à huit fois plus fréquentes chez les enfants vaccinés, alors qu'il n'y a aucune preuve montrant que les vaccins augmentent le risque d'otites.

Ces deux observations renforcent la crainte que la plus forte incidence d'affections médicales chroniques dans le groupe vacciné ne soit pas due au fait que les enfants vaccinés sont en moins bonne santé. Au contraire, c'est parce que les problèmes médicaux sont plus susceptibles d'être détectés chez les enfants vaccinés, tandis qu'ils risquent davantage de passer inaperçus chez les enfants non vaccinés.

Comparer des pommes et des poires

Un autre problème résidait dans les différences significatives des caractéristiques de base entre les enfants vaccinés et non vaccinés.

Cela ressort clairement du Tableau 1 de l'étude, qui montre que le groupe vacciné comprenait une proportion significativement plus importante d'enfants présentant un faible poids à la naissance, une prématurité, un traumatisme obstétrical et une détresse respiratoire à la naissance.

Figure 1 – Capture d'écran du tableau montrant les caractéristiques de naissance des groupes vaccinés et non vaccinés.*

Ces facteurs augmentent indépendamment le risque de pathologies médicales futures, ils doivent donc être pris en compte lors de l'analyse des taux d'affections médicales chroniques. Dans le cas contraire, ils créent ce que les chercheurs appellent un effet de confusion, qui peut soit créer l'illusion d'une corrélation là où il n'y en a pas, soit, à l'inverse, masquer une véritable causalité.

Dans ce cas, les taux plus élevés d'affections médicales chroniques observés chez les enfants vaccinés pourraient être dus en partie à la plus grande fréquence des facteurs de risque liés à la naissance, indépendamment de la vaccination.

Un suivi plus long dans le groupe vacciné rend les diagnostics plus probables

Enfin, Morris a noté que le groupe vacciné a été suivi plus longtemps que le groupe non vacciné. Cela a créé « davantage d'opportunités de diagnostic — en particulier pour les affections généralement identifiées après l'entrée à l'école (≈ 5 à 10 ans) ».

L'étude a noté que la durée médiane de suivi pour les enfants vaccinés était de 2,7 ans. À titre de comparaison, elle était de 1,3 an pour le groupe non vacciné. Cela signifie que les enfants vaccinés sont plus susceptibles d'être encore suivis lorsqu'ils atteignent la fenêtre d'âge propice au diagnostic :

« Les différences de suivi et de répartition par âge rendent les enfants vaccinés plus susceptibles d'être diagnostiqués pendant la fenêtre de l'étude, tandis qu'une plus grande proportion d'enfants non vaccinés qui finiront par être diagnostiqués n'est pas encore prise en compte. Ce facteur supplémentaire contribue au problème du biais de sélection. »

Les chercheurs ont tenté de remédier à cette inégalité de durée de suivi en effectuant plusieurs analyses portant uniquement sur des groupes avec des durées de suivi spécifiques : un an ou plus, trois ans ou plus, et cinq ans ou plus de suivi. Parce que ces analyses ont produit des taux d'affections chroniques identiques, voire supérieurs, dans le groupe vacciné, les chercheurs ont conclu que l'inégalité de la durée de suivi n'était pas un problème significatif.

Mais Morris n'était pas d'accord, soulignant que leur approche « amplifie en réalité le déséquilibre », puisque dans les groupes ayant des durées de suivi différentes, les enfants vaccinés constituaient toujours la majorité du groupe. Notamment, il y avait environ 20 fois plus d'enfants vaccinés que d'enfants non vaccinés dans le groupe suivi sur cinq ans.

Cela rend le diagnostic de problèmes médicaux beaucoup plus probable dans le groupe vacciné. Ce problème serait probablement aggravé par la différence de recours aux soins entre les deux groupes.

Avec un tel déséquilibre, « il n'est pas surprenant que les affections dont le diagnostic médian est > 5 ans apparaissent beaucoup plus souvent chez les vaccinés, même si les risques réels étaient égaux », a écrit Morris.

L'importance d'une conception d'étude solide pour éviter les biais et les conclusions erronées

Morris a qualifié la base de données de Henry Ford de « précieuse », mais a affirmé que « les déséquilibres majeurs des caractéristiques de base, les grandes disparités dans le recours aux soins et les répartitions inégales de suivi/âge » constituaient des « failles majeures » dans l'étude.

Il a suggéré certaines améliorations que les chercheurs pourraient apporter à la conception de leur étude, par exemple en utilisant des cohortes appariées d'enfants vaccinés et non vaccinés basées sur l'année de naissance et des facteurs de confusion importants, et en s'assurant que le suivi des deux groupes soit similaire.

[...]

Conclusion

Bien qu'elle utilise un vaste ensemble de données, l'étude de Henry Ford contient plusieurs failles importantes qui limitent sa validité. Notamment, une différence de recours aux soins entre les groupes vaccinés et non vaccinés, ce qui a pour conséquence que les affections sont plus susceptibles d'être détectées chez les enfants vaccinés, tandis que ces mêmes affections risquent davantage de passer inaperçues chez les enfants non vaccinés. Contrairement aux affirmations des opposants aux vaccins, l'étude ne fournit aucune preuve crédible d'une relation de cause à effet entre les vaccinations infantiles et certaines affections médicales chroniques. D'autres études publiées utilisant une méthodologie rigoureuse n'ont pas établi de lien entre la vaccination infantile et une moins bonne santé.

La réponse à la question

Pourquoi cette étude n'a jamais été publiée ? Censure ? Complot ? Tentative d'étouffer l'affaire ? 

L'étude, avec les failles méthodologiques importantes qu'elle contient, n'est pas en mesure de répondre au problème qu'elle pose. En l'état, cette étude ne peut pas passer l'étape de revue par les pairs. Heureusement d'ailleurs. 

Voilà la raison, à nouveau, beaucoup moins vendeuse que l'histoire de Del Bigtree. 

Quelles conséquences ?

Le film a eu des conséquences : elles sont médiatiques et politiques. Les antivaccins se sont fait une joie de relayer les conclusions de l'étude et ont fantasmé sur les raisons de sa non-publication. 

La video de France-Soir parle d'une "étude ayant fait l'objet d'une bombe médiatique", un "documentaire titanesque" ayant déclenché un "débat mondial". Rien que ça. Pour vendre son film et pour faire parler d'eux, Del Bigtree et les antivaccins ont tout intérêt à faire croire que cette étude change la donne. Ils ont réussi leur mission.

Sauf que scientifiquement, rien n'a changé. Non pas parce que les vrais chercheurs se bouchent les oreilles et se masquent la bouche. Mais parce qu'on ne peut tout simplement pas se baser sur cette étude pour essayer de tirer une conclusion. 

Politiquement, l'étude n'a eu un écho qu'aux États-Unis, grâce au sénateur Ron Johnson, toujours dans les bons coups pour donner de la visibilité aux figures du mouvement antivaccin et aux "médecines" pseudo-scientifiques. Lors d'une audience au Sénat américain, il a présenté cette étude non publiée comme étant une "preuve scientifique supprimée", criant à la censure et au manque de transparence des agences fédérales américaines.

L'avocat de l'ICAN, Aaron Siri, également allié de RFK Jr, a témoigné pour affirmer publiquement que si l'étude était publiée, leurs auteurs auraient été licenciés du Henry Ford Health. Il a déclaré : "Voilà un exemple concret de la façon dont la science des vaccins est pervertie" ; "Seules les études qui confirment les croyances et les politiques selon lesquelles les vaccins sont sûrs sont publiées. Tout le reste est mis de côté."

Le Dr Zervos n'était pas présent lors de cette audition. Il n'a jamais réagi publiquement à cette affaire. Il a refusé les interviews de journalistes.

Par contre le Henry Ford Health a mis en demeure l'ICAN de Del Bigtree de cesser les déclarations trompeuses et diffamatoires qui violent le droit du Michigan et le droit fédéral. 

Dans un article du 13 octobre 2025, l'institution Henry Ford Health a publié ceci :

DETROIT — Henry Ford Health condamne la diffusion de désinformation dangereuse liée à un « documentaire » qui prétend faussement que notre centre médical universitaire et institut de recherche, reconnu à l'échelle nationale, a supprimé une ébauche d'une étude de recherche en raison de ses résultats.

La manipulation délibérée des informations dans ce « documentaire » constitue une menace directe pour la santé publique. Nous exhortons quiconque tombe sur ces idées fausses à prendre connaissance des faits ci-dessous. 

MYTHE N° 1 : « L’étude prouve que les enfants vaccinés ont 2,5 fois plus de risques de développer des maladies chroniques que les enfants non vaccinés. »

FAIT : Ce projet n'a rien prouvé. Dès la première évaluation interne, de graves lacunes dans les données et la méthodologie ont été constatées, et l'article a été abandonné. Tout chercheur en santé publique conviendra qu'il est problématique de comparer des échantillons de tailles très différentes, sur des périodes distinctes et avec des caractéristiques démographiques incohérentes.

MYTHE N° 2 : « L'étude n'a pas été publiée pour des raisons politiques – ou à cause de ses résultats. »

FAIT : Le projet n'a pas été soumis à publication ni partagé avec le public car les données et les analyses étaient erronées, et il est irresponsable de diffuser des études scientifiquement erronées.

MYTHE N° 3 : « L'étude a été cachée au public. »

FAIT : Les institutions de recherche médicale universitaires réputées, comme Henry Ford Health, soumettent les articles scientifiques à un examen interne rigoureux qui met souvent en évidence des problèmes de données, de méthodologie ou d'autres failles. Il est rare qu'un article parvienne à la phase de soumission à une revue scientifique, et encore plus rare qu'il soit publié. Ce refus n'a pas été dissimulé ; l'article a simplement été rejeté pour des manquements scientifiques.

MYTHE N° 4 : « C'est l'étude vaccinale la plus importante jamais réalisée. »

FAIT : Le Dr Jake Scott, médecin infectiologue à Stanford, qui a témoigné au Capitole , a écrit : « …cette analyse erronée révèle à quel point le théâtre politique a remplacé la culture scientifique dans notre débat public. » Les premiers examinateurs internes ont conclu que l’article n’était pas scientifiquement rigoureux et il n’a jamais dépassé le stade de brouillon.

MYTHE N° 5 : « Le "documentaire" prouve que le système de santé retient l'étude. »

FAIT : Ce film n'a rien prouvé, si ce n'est que nos normes scientifiques rigoureuses sont mises en place pour une raison bien précise : garantir que seules les études issues de recherches solides et irréfutables, ayant passé avec succès nos processus d'évaluation rigoureux, soient publiées. Nous ne cédons à aucune pression de la part de personnes aux intérêts particuliers et nous ne transigerons jamais sur les normes qui ont contribué à faire de nous un établissement de recherche médicale universitaire de renommée mondiale. 

Le Dr Zervos est aujourd'hui toujours un chercheur du Henry Ford Health. De récents travaux de recherche montrent qu'il étudie l'efficacité de la vaccination Covid19.

La question de Del Bigtree reste-t-elle donc sans réponse ?

Del Bigtree est un militant antivaccin. A ce titre, il veut des preuves que les enfants vaccinés tombent plus malades que les enfants non vaccinés. Étant donné que ces preuves n'existent pas, il essaie d'en inventer, quitte à se reposer sur une étude à la méthodologie défaillante. 

Pourtant, en réalité, si Del Bigtree désirait vraiment s'informer de l'existence d'études sur le sujet, il pourrait le faire. Il préfère continuer de poser des questions pour faire semblant de chercher la vérité. Soyez certain qu'il continuera de prétendre qu'il n'a pas de réponse à sa question. Pire, que la réponse est cachée.

Des études sur le sujet existent. Elles ont été menées par de nombreuses équipes de recherche à travers le monde. Parce qu'effectivement, les chercheurs se sont déjà posé ce genre de question, comme on le disait plus haut.

L'étude de Hviid et al. publiée en 2019 dans Annals of Internal Medicine, a suivi 657 461 enfants nés entre 1999 et 2010. Les chercheurs ont comparé rigoureusement les enfants vaccinés et les enfants n'ayant reçu aucun vaccin. Le résultat est sans appel : aucune augmentation du risque d'autisme ou de retard de développement chez les vaccinés, même chez les enfants considérés comme ayant des prédispositions génétiques.

L'institut Robert Koch a mené une vaste enquête de santé publique (Schmitz et al., 2011) sur les enfants et adolescents allemands. Ils ont spécifiquement isolé les enfants n'ayant jamais reçu le moindre vaccin pour les comparer à la population vaccinée. Ils ont évalué la prévalence de l'asthme, de l'eczéma, du rhume des foins et des infections non spécifiques. La conclusion a démontré que la fréquence de ces maladies atopiques et chroniques est strictement identique entre les enfants non vaccinés et les enfants vaccinés.

Des études comme celle de Smith et Woods publiée dans Pediatrics en 2010 ont comparé des enfants ayant reçu tous leurs vaccins à temps avec des enfants dont les parents avaient retardé ou refusé les vaccins. Ils ont soumis les deux groupes à des batteries de tests neuropsychologiques entre 7 et 10 ans (langage, comportement, motricité, attention). Les enfants vaccinés à temps ne présentaient aucun déficit par rapport aux autres ; ils obtenaient même de très légers avantages sur certains scores cognitifs, fort probablement liés à un meilleur suivi pédiatrique global.

Le défi lancé par Del Bigtree qui consiste à mener une étude comparant des vaccinés à des non-vaccinés est juste une opération de communication. Les études existent depuis longtemps, elles sont robustes, elles sont menées partout dans le monde par des équipes de recherche différentes, sur des millions de patients. 

C'est l'argument ultime qui démontre que l'étude de Zervos est biaisée. La littérature scientifique existante et abondante contredit la conclusion de l'étude de Zervos. Encore une fois, c'est pour cette raison qu'elle n'a pas été publiée.

L'étude qui ne dérange personne

Quand les antivax gagnent, c'est la santé publique qui perd. Les antivax ont gagné parce qu'ils ont réussi à mettre en place un cirque politique et médiatique autour d'un non-événement. Ils ont réussi à convaincre des personnes qui étaient hésitantes par rapport à la vaccination. Ils ont réussi à jeter un discrédit injustifié sur des institutions de santé en trainant leur réputation dans la boue.

Par contre, sur le terrain de la science et de la réalité médicale, ils ont tout perdu. La médiocrité de leurs discours et de leurs accusations sont inversement proportionnelles à la robustesse du consensus scientifique. Les vaccins protègent nos enfants.

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