Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Des effets indésirables graves à cause du Gardasil ? Des preuves ?

Initiative Citoyenne s'est rendu maître dans l'art de critiquer à tout-va la vaccination. Peu importe la manière, leur objectif est de décrédibiliser à tout prix les vaccins. Pour arriver à leurs fins, elles utilisent plusieurs méthodes et attaquent sur tous les fronts. Selon elles, la vaccination ne protège pas des maladies, elle provoque des effets secondaires graves, à des fréquences bien plus élevées que ce qui est admis, elle dégrade notre système immunitaire, elle participe à propager des maladies, elle engraisse les compagnies pharmaceutiques, etc etc. La liste des griefs est à rallonge.

Malheureusement pour Initiative Citoyenne, il faut garder à l'esprit que ce n'est pas parce que la liste est longue et qu'elle contient des accusations extrêmement graves, qu'il convient de tomber dans le piège de les croire sur paroles. Leur technique est bien de "noyer" le lecteur sous une série d'arguments sujets à caution (#millefeuille argumentatif), pour donner l'impression au lecteur lambda qu'ils détiennent une expertise suffisante et solide pour évoquer le sujet.

Maintenant, faire mine d'avoir des arguments convaincants est une chose. Le lecteur lambda, peu ou mal informé, sera aisément berné par ce discours trompeur.

Initiative Citoyenne aime s'attaquer au Gardasil. C'est l'un de leur sujet favori. Sans doute parce qu'il y a eu de nombreuses rumeurs autour des effets secondaires graves supposés qu'il peut engendrer chez les jeunes filles vaccinées.

Quand on regarde les arguments qui soutiennent cette affirmation : "Pas un mot non plus, bien entendu, dans la proposition de M. Brotchi sur les risques graves possibles qu’on va faire encourir aux jeunes en les vaccinant de façon aussi systématique." (leur article du 24 septembre 2018), on se rend rapidement compte qu'alors qu'Initiative Citoyenne porte des accusations extrêmement graves, ils fournissent des preuves pour le moins légères. Examinons-les.

Initiative Citoyenne dit ceci : "En 2008, Mme Fonck s’était déjà positionnée en défaveur d’une vaccination scolaire [7]"

Mme Fonck est une femme politique belge. Elle possède une formation de médecin néphrologue. A l'époque (2008) où elle s'est positionnée en défaveur d'une vaccination HPV scolaire, elle était ministre de la santé de la Communauté Française de Belgique.

Il faut d'abord préciser qu'une décision politique n'est pas forcément le reflet d'une réalité scientifique. Si c'était le cas, les paquets de cigarette seraient interdits à la vente depuis longtemps. Initiative Citoyenne (les antivax en général, d'ailleurs) aime faire croire que des positions et des décisions politiques constituent une quelconque preuve. C'est évidemment trompeur.

Ensuite cette décision s'inscrit dans un contexte où il y avait peu de recul sur l'efficacité et l'innocuité du vaccin. Il y avait aussi de nombreuses rumeurs venues des États-Unis notamment, de témoignages de parents dont la fille est devenue handicapée (ou est décédée) à la suite de la vaccination HPV.

Depuis lors, le contexte a évolué. Avec le recul, il est démontré que le Gardasil est un vaccin extraordinairement sûr et efficace. Cela est confirmé par de nombreuses études de grandes qualités.

De plus, on sait que les témoignages de parents, aussi émouvants soient-ils, sont sujets à caution. En incriminant les vaccins, ils cherchent à trouver un coupable "idéal" qui explique la maladie de leur fille. Pourtant, aucune preuve n'est avancée pour démontrer l'implication du vaccin dans la survenance de la maladie. Il existe même des pistes qui puissent bien mieux expliquer cette maladie, que ne le fait la piste de la vaccination HPV.

Pour en revenir à l'ex-ministre Fonck, elle disait aussi ceci à l'époque :

"Je ne refuse pas l'apport de ce vaccin, je refuse qu'on le rende automatique en l'incluant dans la médecine scolaire, qu'on l'impose en négligeant une décision éclairée et informée des parents. Trop d'incertitudes planent encore sur ce vaccin. Dans deux ou cinq ans, on en saura peut être davantage, mais dans l'état actuel des connaissances, je m'y refuse."

Par ailleurs, Alda Greoli, actuelle ministre de la Santé à la Communauté Française et faisant partie du même parti politique que Mme Fonck, le CDH, va maintenant généraliser la gratuité de la vaccination HPV aux garçons.

Initiative Citoyenne est loin, très loin de démontrer quoi que ce soit avec cette histoire autour de Catherine Fonck, si ce n'est peut-être et s'il le fallait encore, leur propension à utiliser des arguments moisis et dépassés. Cela sera encore le cas par la suite.

Initiative Citoyenne ajoute ceci : "L’association Vie Féminine s’était, elle aussi, préoccupée de cette question, déplorant dès 2012, la partialité inquiétante des informations diffusées par Provac [8]"

L'association Vie Féminine est une association féministe. Son objectif est notamment de veiller à préserver la santé des femmes. Elle n'a pas vocation à faire de la science. Et c'est assez flagrant lorsque l'on regarde les raisons pour lesquelles l'association (en 2012 !) estime qu'il y a "partialité inquiétante de la part de PROVAC".

Si elle fait bien de rappeler que "Les études menées sur les deux vaccins ne signalent que peu d’effets indésirables, souvent sans conséquences, telle une douleur au site d’injection," il est bien dommageable qu'elle fasse référence au VAERS (Vaccine Advers Event Reporting System). Cette agence est décrite par Vie Féminine comme étant chargée d’enregistrer les rapports d’effets indésirables dus à des vaccins. Selon elle, plus de 22.000 effets secondaires avaient été recensés via le VAERS et 90 décès. Ce sont des chiffres impressionnants.

Mais aussi impressionnants soient-ils, ces chiffres n'en demeurent pas moins à relativiser dans une très (très) large mesure. En effet, le VAERS est un système qui permet à quiconque (pas besoin de faire partie du corps médical) de notifier un effet secondaire, sans qu'il soit nécessaire de prouver un quelconque lien de cause à effet entre la vaccination et l'effet secondaire. Vu les rumeurs et les témoignages par centaines, de jeunes filles (ou de leurs parents) inquiètes et à l'affût du moindre effet secondaire, le climat était plutôt anxiogène. Ce climat a sans nul doute contribué à une sur-notification d'effets secondaires. Ajoutez à cela, des associations antivaccins qui inondent le système VAERS de fausses notifications dans le but de gonfler les statistiques, et vous comprendrez pourquoi le VAERS n'est pas un système auquel on peut se fier pour avoir une idée correcte du nombre d'effets secondaires d'un vaccin. Au mieux, on peut y voir des tendances, qui doivent être confirmées par d'autres outils.

Les témoignages, aussi tragiques, sincères et émouvants soient-ils, de "victimes" du Gardasil et le système VAERS ne sont absolument pas crédibles pour donner un état des lieux des effets secondaires. C'est pourtant à ce type d'arguments auquel on a droit avec Vie Féminine et surtout avec Initiative Citoyenne.

On notera aussi que depuis leur publication (depuis 2012 donc), Vie Féminine n'a plus jamais rien publié à propos de la vaccination HPV. Je soupçonne que la raison en est que ses craintes à propos de la santé des femmes aient été levées.

Initiative Citoyenne poursuit avec ceci : "Le médecin scolaire sera-t-il réellement en mesure (et est-il seulement même au courant ?) d’informer les jeunes sur le risque de paralysie ? De maladies auto-immunes ?"

Risques de paralysie et de maladies auto-immunes disent-elles ! Cette fois-ci, il n'y a pas de référence pour appuyer cette (grave) affirmation.

Une étude sortie récemment affirme pourtant ceci :

"En dépit de nombreuses études montrant l'innocuité du vaccin, des préoccupations subsistent, sur le lien possible entre la vaccination et le développement de maladies auto-immunes. Rappelons, qu’en France, l’Agence du Médicament (ANSM) a mené en 2015 une étude sur une cohorte de 2,2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans et montré que la vaccination contre les infections à HPV par Gardasil ou Cervarix n’entraîne pas d’augmentation du risque global de maladies auto-immunes mais suggéré une augmentation « probable » du risque de syndrome de Guillain-Barré après vaccination de l’ordre de 1 à 2 cas pour 100.000 filles vaccinées.

Prenant en compte ces préoccupations, les chercheurs de l’Institute for Clinical Evaluative Sciences (ICES) et du Public Health Ontario ont souhaité réétudier les effets possibles de vaccination anti-HPV, en particulier parce qu’en Ontario la vaccination est proposée gratuitement à toutes les jeunes filles. L’examen des données de 290.939 jeunes filles de 12 à 17 ans en Ontario admissibles à la vaccination entre 2007 et 2013, dont 180.819 jeunes filles vaccinées, montre, chez ce groupe :

  • 681 cas diagnostiqués de maladies auto-immunes entre une semaine et deux mois après la vaccination,
  • soit un taux d’incidence « compatible avec le taux général » de diagnostic dans ce groupe d'âge.

Des preuves qui viennent s'ajouter aux données probantes sur l'innocuité du vaccin anti-HPV et peuvent donc, à nouveau, rassurer les parents et les professionnels de santé, concluent les auteurs."

Initiative Citoyenne poursuit : "D’infertilité [9]? De décès [10]? Car tous ces risques hélas sont bien réels !"

C'est surtout très exagéré. Ce sont une nouvelle fois des accusations extrêmement violentes. On s'attend qu'à de telles accusations, Initiative Citoyenne fournisse des preuves extrêmement solides.

L'infertilité est illustrée par Initiative Citoyenne par des études de cas du Dr. Deirdre Little. Mme Little est une gynécologue intégriste catholique qui œuvre notamment pour FLI (Family Life International), association australienne farouchement opposée à la vaccination HPV sous prétexte qu'elle inciterait les jeunes filles à la débauche.

Ce n'est pas tout. En science, la pyramide des preuves veut que un témoignage est bien moins coté qu'une étude de cas, et une étude de cas est bien moins cotée qu'une étude scientifique. Mme Little, dans ses études de cas, ne sait pas pourquoi les jeunes femmes ont subi une insuffisance ovarienne prématurée. Et c'est parce qu'elle ne trouve pas d'explication, qu'elle en conclut en la culpabilité du Gardasil. C'est très fragile comme raisonnement.

L'autre référence que donne Initiative Citoyenne, c'est un article publié par Gayle DeLong, professeur au d'Economie et Finances à la Zichin Business School. Elle n'a aucune compétence particulière dans la science vaccinale.

Dans son article, Mme DeLong, en plus d'échouer à présenter une analyse statistique sur base scientifique, en éliminant les facteurs de confusion, ne fournit aucune explication biologique plausible qui montrerait en quoi le vaccin HPV affecterait le taux de natalité. Cet article mériterait d'être suspendu ou rétracté parce qu'il ne démontre strictement rien sur la sûreté ou l'efficacité du vaccin HPV.

On le constate, ce sont de bien maigres preuves (si l'on peut même parler de "preuves") qu'apporte Initiative Citoyenne pour étayer ses affirmations extrêmement graves.

Initiative Citoyenne poursuit : "En témoignages les statistiques des registres d’effets secondaires (VAERS), les actions en justice, les protestations et manifestations de rue dans plusieurs pays (Colombie, Irlande, Japon, etc.), les publications scientifiques."

Initiative Citoyenne nous propose péniblement quelques pistes de preuves. Voyons voir. Les statistiques du VAERS ? Bien non. Ce n'est en rien une preuve du danger que représenterait le Gardasil (j'ai déjà évoqué la raison plus haut).

Les protestations et manifestations de rue ? Elles ont beau se dérouler dans plusieurs pays et compter x centaines ou milliers de personnes, ça ne rend pas les craintes des manifestants fondées, basées une réalité scientifique. D'autant que derrière ces manifestations, les associations antivaccinales jouent un grand rôle pour mobiliser des troupes, avec un discours désinformateur et basé sur la peur.

Les publications scientifiques ? Ah enfin, ça semble devenir sérieux ! Initiative Citoyenne semble insinuer qu'il existe des études scientifiques démontrant que la vaccination HPV représente un risque sous-estimé par la majorité du corps scientifique. Malheureusement, Initiative Citoyenne ne développe pas, dans cet article, à quelles études scientifiques elles font références. Excepté pour une. Voici ce qu'elles en disent :

"Il faut tout de même savoir que le vaccin Gardasil 9 contient deux fois plus d’aluminium que l’ancienne version du vaccin, l’aluminium étant une substance neurotoxique, qui va se stocker dans le cerveau sans plus pouvoir en ressortir. Des chercheurs de l’Institut National de Cardiologie mexicain ont publié en 2017 dans Clinical Rheumatology, en indiquant notamment les subterfuges utilisés par les firmes pour biaiser leurs données d’étude sur la « sécurité » des vaccins."

On a déjà vu que s'inquiéter de l'aluminium dans les vaccins est peu rationnel. Initiative Citoyenne tente de vous faire peur en qualifiant l'aluminium vaccinal de "neurotoxique". Il faut rappeler que l'aluminium est nécessaire dans certains vaccins pour permettre de déclencher une réaction immunitaire. Les producteurs de vaccins n'ajoutent pas cet ingrédient pour faire joli. Ensuite, il faut comprendre que c'est la dose qui fait le poison. Par exemple, au-délà d'une certaine dose, l'arsenic est mortel. Mais pris en deçà de cette dose et sous certaines conditions, il devient une substance susceptible de guérir des maladies. L'aluminium dans les vaccins est présent à l'état de trace, ce qui signifie qu'il y en a vraiment très peu. Il y en a suffisamment que pour améliorer l'efficacité du vaccin, mais pas assez pour qu'il soit un poison. 

Il est à noter que l'article publié par des chercheurs mexicains dont parle Initiative Citoyene, a été abondamment relayé dans les milieux antivaccinations. Ce n'est pas une surprise. Il a également été relayé par des "scientifiques" charltans antivaccinations notoires tels que Judy Wilyman, Lucija Tomljenovic et Christopher Shaw.

Les auteurs s'attachent à vous faire croire que la raison pour laquelle les études sur le Gardasil et le Cervarix n'ont été menées en comparant un groupe ayant reçu le vaccin avec adjuvants à base d'aluminium à un groupe ayant reçu une solution saline inerte, est qu'il y avait une volonté de cacher des résultats qui n'iraient pas dans leur sens. C'est évidemment trompeur parce que l'on sait que l'aluminium utilisé dans les vaccins est sûr (de nombreuses études sur le sujet se sont attachées à le prouver). Si vous voulez savoir si un vaccin est sûr et sans danger, une manière de faire est de prendre deux groupes de personnes. L'un recevant le vaccin et l'autre recevant une solution où toutes les composantes du vaccin sont présentes, à l'exception des antigènes qui produisent la réponse immunitaire.

Initiative Citoyenne indique aussi que "En Espagne, l’incidence des effets secondaires liés au vaccin HPV est dix fois supérieure à celle des autres vaccins." Leur source est un article de Robert Kennedy Jr, célèbre antivax américain, et accessoirement neveu de John Kennedy. La source de Robert Kennedy Jr est cette étude qui a étudié les effets secondaires suivants : maux de tête, vertiges et syncope. Effets secondaires qui sont par ailleurs bien connus et qui ne comportent pas de danger en soi. L'étude dit qu'il y a 17 cas de syncopes et 3,2 cas de pertes de conscience pour 100.000 doses. Les taux des autres vaccins sont de 6,4 et 0,4. L'affirmation de Kennedy Jr est mensongère. D'ailleurs, les auteurs de cette étude concluent en disant que le vaccin HPV dispose d'une bon profil de sécurité.

Ces preuves, extrêmement légères, suffiront à n'en pas douter à satisfaire le besoin d'un antivax primaire de s'acharner sur la vaccination. Mais elles sont nettement insuffisantes pour que la communauté scientifique et médicale jettent le discrédit la sécurité du vaccin HPV.

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