Ceci n'est pas Initiative Citoyenne

Initiative Citoyenne rend hommage à une activiste antivaccin

Le collectif Initiative Citoyenne a rendu hommage, sur son blog, le 16 décembre dernier à Brandy Vaughan, décédée quelques jours plus tôt. Celle-ci est décrite par IC comme une "activiste brillante, courageuse, déterminée, qui a contribué à éveiller les consciences des dizaines de milliers de personnes sur le scandale des vaccins". IC ajoute "Initiative Citoyenne salue cette grande âme qui a énormément fait pour la santé des enfants et de l'Humanité tout entière." Elle cite également d'autres personnalités, notamment Sylvie Simon et Claire Séverac, qui, comme elle, se seraient battues "sans relâche pour que cesse le cynique massacre de millions d'innocents par le biais de pratiques mafieuses, non éprouvées et non scientifiques". IC publie également la vidéo de l'interview de Brandy Vaughan par Déborah Donnier.

Qui était Brandy Vaughan ?

Mais qu'a donc fait cette personne pour s'attirer tant d'éloges de la part d'une association antivaccin ? Qui était Brandy Vaughan ?

Brandy Vaughan est décédée à l'âge de 45 ans de causes naturelles. Le suicide n'étant pas une cause naturelle, on peut affirmer que Brandy Vaughan ne s'est pas suicidée. Certains antivaccins, comme par exemple Vincent Reliquet de l'AIMSIB, insinuent lourdement que son décès n'est pas naturel comme prétendu. Notez que ce genre d'élucubrations est courant chez les membres de la communauté antivaccin. Les décès des susnommées, Sylvie Simon et Claire Séverac, pour ne citer qu'elles, avaient déjà entraîné un lot de rumeurs improbables sur les causes fantasmées de leur disparition.

Comme toute personnalité antivaccin à l'égo proéminent, et à l'instar de Larry Cook et de Robert Francis Kennedy Junior par exemple, elle a constitué une organisation pour promouvoir les idées antivaccinales qu'elle défend. Cette organisation s'appelle Learn The Risk. On en discute plus loin.

Brandy Vaughan a travaillé pour un industriel de la pharmacie, Merck. Elle y était représentante des ventes. Elle n'est donc ni immunologiste, ni chercheuse dans le domaine des vaccins. Elle n'était pas non plus représentante pour les vaccins de Merck. Non, elle a vendu du Vioxx, un analgésique qui a été retiré du marché en 2004 en raison de problèmes de sécurité et qui a conduit à des poursuites judiciaires pour un montant de 5 milliards de dollars.

Que racontait Brandy Vaughan à propos de la vaccination ?

Et là, les questions que vous devriez vous poser sont : quelle est la légitimité de Brandy Vaughan à remettre en cause le consensus mondial sur la sécurité et l'efficacité de la vaccination ? 

En quoi l'avis de cette ex-représentante de Merck ayant vendu du Vioxx peut-il être pertinent dans le cadre du sujet de la vaccination ?

Pourquoi une lanceuse d'alerte auto-proclamée à propos d'un scandale autour d'un médicament anti-inflammatoire aurait-elle la moindre crédibilité en tant que lanceuse d'alerte auto-proclamée sur les dangers de la vaccination ? 

La réponse est que Brandy Vaughan ne possède aucune crédibilité pour parler de la vaccination et certainement pas, pour remettre en cause le consensus mondial sur la question comme elle l'a fait. 

Couramment, les antivaccins utilisent le diplôme de tel ou tel médecin antivax pour remettre en cause l'utilité de la vaccination. Comme si avoir un diplôme de médecine conférait automatiquement le statut d'expert de la vaccination. Ce n'est pas le cas. Dans le cas de Brandy Vaughan, puisqu'elle n'est pas médecin, c'est son statut d'ex-employée de Merck qui est mis en avant par les antivaccins, comme argument d'autorité. 

L'autre point mis en avant est qu'elle a dénoncé le scandale du Vioxx, après l'avoir vendu. Le Vioxx est réellement un des rares scandales médicaux. L'attitude de Merck dans cette affaire a été absolument détestable et a entraîné un grave discrédit sur le monde médical de manière générale. L'entreprise a été poursuivie et condamnée en justice. Par contre, ce scandale ne justifie en rien les comparaisons farfelues faites par les antivaccins avec le Gardasil. Il n'existe pas de "scandale du Gardasil".

Brandy Vaughan et le Gardasil

Les antivaccins adorent voir des liens, même là où il n'y en a pas. Merck a produit et a vendu le Vioxx. Le Vioxx est mauvais. Merck produit et vend le Gardasil. Donc le Gardasil est mauvais.

Ou encore : Brandy Vaughan a dénoncé le Vioxx. Le Vioxx est mauvais. Donc, il n'y a pas de fumée sans feu, si Brandy Vaughan dénonce aussi le Gardasil, alors le Gardasil est mauvais. Voilà le raisonnement des antivaccins. Et ce raisonnement séduit évidemment beaucoup ceux qui ont envie de croire que Merck fait partie de la machiavélique entité Big Pharma dont l'unique but serait de vendre des produits pour faire du profit et rendre les gens malades.

Initiative Citoyenne rend hommage à une activiste antivaccin

Effectivement, Brandy Vaughan a joué à la lanceuse d'alerte à propos des vaccins, et notamment le Gardasil. Elle est co-signataire d'une lettre ouverte à l'OMS datée de 2018 rédigée par Robert Kennedy Junior, avec entre autres Sophie Guillot, Michel de Lorgeril, Meryl Dorey et l'association Corvelva, dans laquelle ils essaient de faire croire notamment que des données ont été "tragiquement" ignorées pour permettre une "approbation rapide et une certification facile". Cette lettre se base notamment sur les mythes largement réfutés que ne cessent de prêcher les membres de la religion antivaccin. Robert Kennedy Jr est un habitué des mensonges sur le Gardasil en particulier (partie 1 - partie 2).

Sur la page web de l'association de Brandy Vaughan, la section consacrée aux vaccin contre le VPH fourmille de désinformations que l'on retrouve également en boucle sur d'autres sites antivaccins. Il est notamment question des chiffres du VAERS auxquels les antivaccins font dire absolument n'importe quoi, d'absence de preuves de l'efficacité du vaccin (alors qu'elles existent bien), de Bernard Dalbergue, lui aussi ex-(éphémère) employé de Merck qui criait à qui veut bien conspirer que le Gardasil allait devenir le plus grand scandale médical de tous les temps, de l'étude pourrie et rétractée de Gayle Delong, une étude de David et Mark Geier, une étude de Lucija Tomljenovic et de Yehuda Shoenfeld, etc. Par contre, elle n'a pas jugé utile d'évoquer les vastes études très robustes qui démontrent l'innocuité du vaccin

Brandy Vaughan, plutôt qu'une lanceuse d'alerte sur le Gardasil, était en fait surtout une recycleuse invétérée d'arguments pauvres ou infondés contre la vaccination.  

Bien que le Vioxx et le Gardasil soit produit et vendu par la même firme pharmaceutique, ce sont des produits totalement différents. Le Gardasil a démontré qu'il est très sûr au travers de vastes études épidémiologiques. Seuls des effets indésirables mineurs sont attribuables au Gardasil, comme par exemple le malaise vagal à la vue de l'aiguille. Ceux qui ont envie de croire que le Gardasil est aussi mauvais que le Vioxx doivent en apporter la preuve. Mais elle n'existe pas. L'histoire du Vioxx a probablement incité Merck à être plus transparent sur leurs données, comme cela a été fait avec le Gardasil. Mais des recherches indépendantes n'ont rien trouvé de mal non plus sur ce vaccin.

Son association Learn The Risk

Brandy Vaughan a fondé l'association Learn The Risk "pour informer les gens à travers le monde sur les dangers des produits pharmaceutiques, y compris les vaccins et les traitements inutiles - qui sont littéralement en train de nous tuer".

Sur le site web de l'association, on l'a vu plus haut, elle désinforme gravement sur les vaccins contre le VPH. Mais elle ne limite malheureusement pas son inculture scientifique à ce vaccin.  

Puisqu'elle part du principe que les vaccins sont des produits toxiques (ils ne le sont pas en réalité) et que le corps accumule toute une série de toxines par ailleurs, elle renvoie vers des blogs (avec boutique en ligne) de "santé naturelle" où se mêlent des conseils hasardeux en naturopathie, en homéopathie, en chélation, en compléments alimentaires, etc. Elle renvoie également vers des bouquins, dont celui de Russell Blaylock. Cet individu, neurochirurgien bien connu dans la communauté antivaccin, a notamment écrit un bouquin dans lequel il explique qu'il est possible de traiter naturellement toute une série de maladies, allant du cancer, de maladies du cerveau et du cœur, du diabète, de maladies digestives, en passant par des problèmes de peau, des douleurs chroniques et des problèmes de prostate. Enfin, entre autres, elle renvoie aussi vers le bouquin de Karen Thomas, une praticienne de thérapies holistiques prétendant que les vaccins causent l'autisme et que l'autisme peut être guéri naturellement. 

Concernant le cancer, elle estime qu'il est causé par l'omniprésence des toxines dans notre environnement. Ainsi, en cas de diagnostic de cancer, elle recommande de suivre un régime détox pour éliminer les toxines du corps et de booster naturellement le système immunitaire. Elle déconseille toute approche "traditionnelle ", comme la chimiothérapie, la radiothérapie et les médicaments.

Concernant les vaccins, elle ne cesse d'agiter des mythes sur la toxicité des ingrédients des vaccins, pourtant très sûrs. Elle prétend que les maladies ont régressé uniquement grâce à l'hygiène, qu'autisme et vaccinations sont liés, que le vaccin contre la grippe est aussi inefficace que dangereux, que le syndrome de la mort subite du nourrisson est une conséquence directe de l'augmentation des doses de vaccins administrées aux enfants, que les vaccins provoquent le cancer, ... Bref, rien de très neuf sous le soleil des antivaccins. Toutes ces allégations sont abondamment reprises sur de nombreux sites antivaccins, et notamment, évidemment sur celui de Initiative Citoyenne.    

Sur le site de Learn The Risk est accessible une boutique sur laquelle il est possible d'acheter des bouquins d'antivaccins, mais aussi des post-its, des flyers, des sacs, des cartes postales, etc. à l'effigie de l'association et avec des inscriptions toutes plus anxiogènes les unes que les autres. Regardez celle qui suit, utilisant une photo de Christopher Bunch comme outil de propagande pour décourager de la vaccination anti-VPH :

La photo de Christopher Bunch utilisée pour décourager de la vaccination contre le VPH

La photo de Christopher Bunch utilisée pour décourager de la vaccination contre le VPH

Le site appelle également aux dons pour se financer et pour financer les nombreuses campagnes de publicité antivaccination créées pour semer le doute et décourager de la vaccination. 

Le site appelle aux dons pour financer des campagnes de pub contre la vaccination.

Conclusion

Brandy Vaughan mérite-t-elle d'être qualifiée de bienfaitrice de l'humanité pour l'action qu'elle a mené avec son association antivaccin ? Evidemment que non. En ressassant toujours les mêmes mythes, pourtant largement réfutés, au travers de campagnes massives de désinformation, Brandy Vaughan s'inscrit plutôt parfaitement dans la lignée d'autres charlatans antivaccins que l'on a déjà eu l'occasion de citer tout au long de cet article. Par son discours, elle met potentiellement en danger de nombreuses personnes, dont des enfants. Il s'agit d'une "lanceuse d'alerte" de pacotille dont le parcours est utilisé par les anti-sciences pour cracher leur venin sur la médecine. 

Un indice en particulier permet de se rendre compte de sa malhonnêteté. Son association Learn The Risk, "sachez les risques" en français, n'évoque jamais les risques, pourtant bien réels, de ne pas se faire vacciner.

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